Au nom de l'islam!

L'histoire qu'on s'apprête à vous raconter ce soir est peu banale. Elle est même exceptionnelle car aucun autre club en Algérie ne peut aujourd'hui prétendre égaler la sainte lutte menée par le Mouloudia pour la préservation de l'identité musulmane du peuple algérien. Aujourd'hui vous saurez pourquoi MCA rime avec Moudjahid Club d'Algérie.

Tout a commencé en 1932. Le Mouloudia qui s'adonnait à des matchs d'exhibition aux 4 coins du pays afin d'exhorter les musulmans à s'unir pour fonder des clubs bien a eux, va s'engager bien malgré lui dans le camp de la résistance active.

Le Doyen, dont la réputation avait franchi nos frontières recevait régulièrement des invitations de clubs ou d'associations musulmanes et se faisait une joie d'y répondre par la positive. Mais en ce jour de 1932, en acceptant l'invitation du Croissant Club de Biskra à participer à un tournoi de football, le Mouloudia a d'abord répondu à l'appel de son destin. Les joueurs mouloudéens y mettront même de leurs poches pour financer le déplacement du club jusqu'à Biskra scellant à jamais l'histoire du MCA à celle du nationalisme algérien. A la réception il y avait foule. Le Mouloudia était déjà une légende. Il aura un accueil digne de sa stature. Une cérémonie grandiose sera même donnée en son honneur par le président du club Biskri.

Et c'est à cette réception que tout va basculer. Parmi les invités, il y avait les notables de la ville, les amis du club local, des personnalités religieuses et surtout un homme qui faisait autorité depuis longtemps dans la région. Un homme dont on dit qu'il était parti s'installer dès l'age de 6 ans à Médine en Arabie Saoudite avec ses parents où il créa à seulement 25 ans le journal "El Qibla" qui prônait les valeurs de l'islam et invitait les arabes à l'unité. Un homme qui, quelques mois plus tôt suite à une rencontre avec Abdelhamid Ben Badis, Larbi Tébessi, Bachir El Ibrahimi et tant d'autres, a fondé l'organisme qui allait devenir le moteur principal du nationalisme algérien: l'Association des Oulémas Musulmans.

Tayeb El Okbi, vu que c'est de lui qu'il s'agit, avait une opinion très différente sur la pratique sportive. Contrairement aux autres théologiens de l'époque qui y voyaient un moyen de distraction qui éloignait les jeunes de la religion, El Okbi à l'image du Mouloudia, y voyait une façon comme une autre de lutter contre l'occupant et d'affirmer son existence. C'est une variante du Djihad qu'on devait encourager par tous les moyens. Et quoi de plus symbolique pour cet homme que de venir à la rencontre de ce Mouloudia dont le seul nom faisait dresser la fibre patriotique des Algériens? D'autant que depuis quelques semaines, les autorités françaises menaient la vie dure au Cheikh qui était épié dans ses moindres mouvements. Rencontrer le Mouloudia c'était avant tout adresser un double message, celui aux musulmans que les oulémas restaient actifs et celui au colonisateur qu'il n'en était pas intimidé.

Tayeb El Okbi improvise en arabe littéraire un discours sur la science, le progrès, l'islam, le travail... Les mouloudéens sont ébahis par tant de sagesse. Plus particulièrement le vice président du club, Tahar Ali-Chérif qui suivait depuis un bon moment le parcours des oulémas musulmans. Il prend alors la parole et se met à relater à la foule présente le parcours élogieux du Cheikh en insistant sur la concordance de vues entre le MCA et l'association des oulémas musulmans. Le Cheikh est impressionné par tant d'énergie et de savoir. L'histoire aurait été d'une banalité absurde si le dirigeant mouloudéen s'était contenté d'étaler tout son savoir au cheikh, mais voilà, Ali-Chérif ne s'arrête pas à ce point et prononce la phrase par laquelle tout va s'enchainer.

"De parole en parole, le vice président lança au cheikh une invitation à nous accompagner à Alger. Une invitation à la manière polie. Mais nous avons été pris au piège car ce qui n'était que politesse au départ devint réalité. C'est ainsi que Cheikh Tayeb El Okbi nous a suivi à Alger" dira Mouloud Djazouli.

Et c'est Mahmoud Bensiam, président du Mouloudia qui recevra le Cheikh en personne. Le courant passera rapidement entre les deux hommes et Bensiam n'hésitera pas à mettre à la disposition de son invité les locaux du club: Le Nadi Ettaraqi (le cercle du progrès) alors quartier général du MCA. Un nom qui plaira tellement à Tayeb El Okbi qu'il ne le changera plus.

C'est ainsi que deux Nadi Ettaraqi (celui des oulémas musulmans et celui du MCA) coexisteront côte à côte dans les mêmes locaux entre 1932 et 1934. Deux années de parfaite symbiose. "Entre Oulémas et Mouloudéens il y avait un lien. Tout ce qui était Mouloudia était Musulman, et tout ce qui était Musulman était Mouloudia" dira à cet effet Djazouli. Les policiers, n'osant pas faire de descentes dans les locaux du MCA de peur d'un soulèvement populaire général dans la Casbah, laissaient faire le Cheikh qui s'en trouvait ainsi protégé par le Doyen. El Okbi, au fil des semaines,,retrouvait une sérénité qu'il n'avait pas à Biskra et travaillait à promouvoir l'association des oulémas à Alger à partir du siège du Mouloudia.

C'est donc le Mouloudia qui a permis aux Oulémas Musulmans de devenir ce qu'ils sont devenus à Alger. Au bout de ces deux années de cohabitation, le mouvement des oulémas prendra une ampleur inespérée. A tel point que la coexistence devenait difficile entre théologiens qui avaient besoin de calme pour leurs prières et prêche et mouloudéens très bruyants lorsqu'il s'agissait de fêter une victoire. C'est Mohand Tiar, nouveau président du Mouloudia qui trouvera la solution.

Le MCA fait le sacrifice de céder son siège sis rue des Abderrahmes aux Oulémas comme première contribution matérielle à la lutte pour la libération de l'Algérie et va s'installer plus bas dans la Casbah. Il ne romp pas pour autant avec l'association même après le départ du Cheikh El Okbi vers Constantine. Mahmoud Bensiam, l'ancien président mouloudéen, fondera un nouveau Nadi Ettaraqi à ce moment-là à Hussein Dey et reprendra le flambeau du Cheikh.

Le Mouloudia, lui continuera l'œuvre d'El Okbi et contribuera à la construction de mosquées à travers toute l'Algérie à l'exemple de celle de Belouizdad en 1939 quand le Doyen avait donné un match de gala face à l'USMO et reversé toute la recette de la rencontre à la réalisation de ce lieu de culte. Belcourt, un quartier à majorité juive, avait enfin sa mosquée.

Le Club aidait aussi les familles nécessiteuses. Mouloud Djazouli avouera qu'il allait lui-même taper aux portes des joueurs minimes et cadets du club afin de remettre des enveloppe à leurs parents chaque veille de l'aïd afin de permettre à ces enfants de fêter convenablement l'occasion si chère aux musulmans. "Le Mouloudia voyait tous les joueurs. Le Mouloudia a marié des joueurs. Le Mouloudia a enterré des joueurs. Le Mouloudia instruisait les Musulmans. Le Mouloudia formait les Musulmans.Le Mouloudia cherchait des emplois, en trouvait et donnait du travail. Le Mouloudia faisait du social. Le Mouloudia était avant tout humanitaire."

A suivre...