Mouloudia: La Saga d'une Légende

C’est toujours dans la douleur que naît une légende. Le génie du Mouloudia, c’est d’avoir su transformer ses peines en une source de motivation. L’histoire est un éternel recommencement, celle du Mouloudia sera un éternel enchantement.

« Nous avons l’honneur de vous faire connaître que notre nom : Mouloudia Club Algérois vient de paraître sur le journal officiel du 1er octobre d’après les lois sur les associations. Est composté ci-joint un journal officiel avec notre mention dans le paragraphe 1/4/7 ». C’est par cette correspondance datée du 17 octobre 1921, qu’un jeune adolescent de 19 ans a interpellé le préfet d’Alger afin de l’informer de la naissance officielle de son association sportive musulmane. Une démarche qui s’est inscrite dans la logique de la longue résistance d’un peuple opprimé et qui allait bientôt faire des émules.

Mais revenons un peu en arrière. 1863, le football devient officiellement un sport avec la naissance de la toute première fédération au monde, la fédération anglaise de football. Le divorce avec le Rugby est ainsi consommé et le tout jeune « foot » allait bientôt traverser la manche pour conquérir l’Europe puis le monde.

1894, la balle ronde traverse la méditerrannée dans les bagages de colons Espagnoles et s’installe à Oran. 28 septembre 1897, le Club Athlétique Oranais (CAO) devient ainsi le premier club de football jamais fondé en Algérie. A Alger, il faudra attendre le 20eme siècle pour voir le sport roi s’organiser dans la ville et ses alentours. Notamment avec la naissance du doyen des clubs algérois : Racing Club d’Alger et, quelque temps après, de l’AS Saint-Eugène (en 1903). Suivront le FC Blida en 1904, le Gallia Sport d’Alger en 1905, l’Olympique Hussein-Dey en 1913 et le Red Star Algérois en 1915.

Dans cette effervescence, les musulmans ne croiseront pas les bras. Bien au contraire. Le football, c’est le Djihad avec d’autres moyens. Le sport allait devenir « une opportunité unique de se mesurer aux roumis et affirmer son nationalisme » dira Lahcène Bellahoucine dans son livre « La saga du football algérien ».. Le marquage identitaire arabo-musulman allait être de mise pour toutes les associations qu’allaient fonder les Algériens. Cette revendication identitaire portera sur l’emblème avec notamment le croissant et l’étoile, les couleurs du club toutes en vert, rouge, blanc et noir pour marquer la période noire du colonialisme. Certains porteront, dans une ultime tentative de provocation, la chéchia. D’autres, mieux encore, vont revendiquer clairement cette double identité en se choisissant un nom arabe ou en rapport avec l’Islam. A l’image de Nasr (victoire) ou mieux encore, de Mouloudia. Un mot qui a lui seul résume l'attachement à cette double identité arabo-musulmane.

Cette appellation, c'est une bande d’adolescents qui allait l'inventer un soir de 1921. A l’époque, d’Est en Ouest du pays, aucune association musulmane n’avait résisté aux sévères exigences sélectives imposées par l’administration coloniale. Il y a bien eu le Club Sportif Algérois (CSA) qui a tenu le coup 9 ans durant (1910-1918) mais ce dernier ne supportant plus la pression coloniale a fini par être dissous.

 

C’est dans ce contexte assez particulier, et très hostile à tout ce qui portait une identité algérienne pure ou qui était réfractaire à l’idée d’une Algérie française, que quelques jeunes de la Casbah et à leur tête un adolescent de 19ans, un certain Abderrahmane Aouf (Allah yerrahmou) ont pris la ferme résolution de surmonter tous les obstacles et de fonder un club sportif musulman. Ce fût fait la veille du Mawlid Ennabawi un certain 7 août 1921. Le futur doyen des clubs musulmans se nommera le Mouloudia Club Algérois. Mais il faudra attendre le 1er octobre pour que cette naissance soit effective aux yeux de la loi. C’est l’euphorie dans les ruelles de la Casbah et dans l’Algérois. La nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre, il est désormais possible de battre l’administration française à son jeu et bientôt toutes les grandes villes du pays allaient compter au moins un club musulman.

Mais il fallait encore faire ses preuves, et le reste du chemin pour le jeune Mouloudia sera des plus difficiles. A cette époque, les clubs du Maghreb disputaient un seul et même championnat : Le championnat d’Afrique du Nord. Un championnat avec un zoning comprenant 5 régions: Maroc, Algérie ouest, Algérie Centre, Algérie Est et Tunisie. Chaque région comptait ses propres clubs dans un championnat régional. Les premières équipes de chaque zone disputaient un mini championnat à cinq : La Division d’Honneur et le vainqueur était proclamé champion d’Afrique du Nord. Mais pour arriver à l’un des cinq championnats régionaux il fallait gravir les échelons. En tout 4 niveaux que le MCA mettra 15 années à franchir. Après une naissance laborieuse, c’est l’accession qui se jouera jusqu’à la dernière goutte de sueur lors de la saison 1936-1937. Face à l’Olympique Marengo, il faudra trois manches au Mouloudia (1-1, 1-1 et enfin 2-1) pour arracher cette accession tant rêvée. Le Mouloudia ne remportera jamais la division d’honneur qui disparaîtra en 1956. Sur la place d’Alger trois clubs feront la loi : le Gallia Sports Alger, l’AS Saint-Eugène et le FC Blida. Le MCA trop pauvre, trop « indigène », trop « Algérien » avait mieux à faire en luttant pour se maintenir parmi l’élite.

Ce qu’il fit de fort belle manière. 1928, l’administration coloniale réagit à la pullulation d’associations sportives musulmanes. Dorénavant, les clubs sont obligés d’utiliser le terme « Français » dans leur nom. Pire, 1930, les clubs sont désormais obligés d’intégrer des dirigeants Français et des joueurs étrangers (3 joueurs en 1930, 5 en 1935). Le MCA, à l’image de l’USMO doyen musulman de l’Oranie, est obligé de s’y plier. C’est ainsi que Costa, Albor, Vitiello et Macia se retrouvèrent sur le banc de touche mouloudéen. Tandis que les Bouquet, Norbert et Aberjoux intégrerons la catégorie B du club et remporterons le titre de Champions d’Alger dans leur catégorie. La direction du club aussi connaîtra l’arrivée de non musulmans. Louis Roze et Braham Derriche épauleront ainsi le président Mohand Tiar.Le pouvoir colonial tentera entre 1940 et 1945 de forcer à la fusion avec les associations européennes, toutes les associations musulmanes. C’est la rras-le-bol. Le MCA en chef de file organisera la résistance. Autour de lui, l’USMO et le GC Mascara, l’USMB, le CSC, le MOC, les clubs de Sétif et de Guelma. L’administration française est obligée de faire machine arrière. Mais le mal est fait, les clubs musulmans sont désormais marginalisés et subiront les pires injustices de l’arbitrage et des commissions régissant le football en Algérie.

Le MCA est trop nationaliste alors aux yeux des Français pour gagner des titres d’envergure, mais pas assez pour que ses talentueux joueurs soient appelés en EN française. 1937, Smaïl Khabatou Benouna devient le premier joueur algérien sélectionné en EN A de France. Il ne sera pas le dernier, puisqu’en 1948 Hamoutène deviendra le premier Algérien à disputer des jeux olympiques.
1950, le MCA s’ouvre sur le monde et s’offre un entraîneur Argentin. Alballay drivera le club de fort belle manière dans les années 50. 1956, les clubs musulmans boycottent le championnat. Le MCA répondra présent à l’appel de la patrie.
1962, le premier championnat algérien de football voit le jour. Le Mouloudia y participe naturellement et malgré un excellent début de tournois (victoire 4-0 sur les Oranais du SCMO), il perdra le titre en finale face au rival usmiste 3-1.

La suite du parcours ? Vous la connaissez, avec 7 titres nationaux (le MCA s’est classé 3 fois second et 4 fois troisième), le Mouloudia est le deuxième club le plus titré en championnat après la JSK (14 titres) devant le CRB (6 titres) et l’USMA (5 titres). Il comptera un joueur parmi le top 10 des meilleurs buteurs du championnat depuis 1962 en la personne de Nacer Bouiche et ses 19 réalisations en 1980 qui le hissent à la 8eme place des buteurs de tous les temps. Exploit réédité par Bousri en 1983 avec 17 buts. Puis Kaci Said en 1998 avec 11 buts. Et, enfin, Bougueche en 2010 avec ses 17 goals.

En coupe d’Algérie, le MCA fera un sans faute. 6 finales, 6 coupes remportées. Il se classe là aussi en seconde position derrière l’USMA et Sétif avec leurs 7 réalisations. Il s’offrira en 1976 le luxe d’un triplé jamais égalé en Algérie : Championnat d’Algérie, coupe d’Algérie et coupe d’Afrique des champions, la première consécration africaine jamais réalisée par un club algérien.

Le Mouloudia remportera les deux éditions de supercoupe d’Algérie après sa ré institution en 2006 et 2007 consécutivement face à la JSK (2-1) et à l’ESS (4-0). Il invitera à cet effet la Fiorentina à un match de gala à Alger qui drainera foule de toute l’Algérie et où le MCA n’a pas démérité en concédant le nul 1-1.
Sur le plan international, le MCA remportera deux coupes maghrébines en 72 et en 74. Il sera le premier club algérien à connaître une consécration africaine en 76 et ce en coupe d’Afrique des clubs champions en battant les Guinéens de Hafia Conakry (0-3, 3-0 et aux TAB 3-0) mettant ainsi fin à la domination des clubs de l’Afrique de l’Ouest dans cette compétition. Suite à quoi, le Mouloudia se fera invité par le Real Madrid et sera accueilli en grandes pompes.

Le MCA innove en se rapprochant de sa base supportrice. Durant les années 70 une revue mensuelle est éditée par le club. "Le Doyen" se vendra comme des petits pains. Un esprit de pro de 30 ans antérieur aux décisions de la FIFA. A l’époque les plus grands chantent le Mouloudia. Le nom du club était presque une marque déposée.

Yalli t’hab ta3mel sport Charek fel Mouloudia.