Raconte-moi le Mouloudia!

Tout a commencé pendant l'été 2011. Le Mouloudia, Doyen du sport Algérien fêtait ses 90 années d'existence au moment où l'Algérie n'en avait que 49. Une situation qui faisait du MCA non seulement un témoins sur l'histoire du pays mais aussi une preuve de l'existence bien avant l'indépendance d'un fort sentiment de nationalisme Algérien dans la société.

Malheureusement, le laxisme et l'ignorance des plus hautes sphères sportives du pays, a fait que cet évènement majeur de l'histoire du sport algérien passe sous silence dans l'indifférence la plus totale. Une situation qui n'était pas pour nous plaire. Le devoir de mémoire nous interpellait au plus haut point. Nous entreprîmes alors un large travail de recherche. Pendant plus d'une année nous avons collecté (non sans peine), trié et vérifié documents historiques, coupons d'articles, interviews et autres témoignages sur l'histoire de ce monument encore debout de l'histoire du pays faisant parfois des découvertes insoupçonnées.

Aujourd'hui, nous sommes fiers d'offrir à la prospérité le fruit de notre travail dans une série que nous avons choisit d'appeler "Raconte-moi le Mouloudia!". Chaque semaine nous vous raconterons un évènement marquant dans l'histoire du club, un service rendu par le Mouloudia à la nation ou une figure phare du club. Chaque semaine, nous lèverons un peu plus le voile de l'oubli qui s'est abattu ces dernières années sur le Doyen. Tous  les faits que nous vous rapporterons ont été vérifiés par au moins deux sources différentes  afin de ne pas tomber dans le piège des mémoires vacillantes et préserver ce travail de toute falsification historique.

Le Mouloudia n'est pas un club comme les autres, nous vous le prouverons au fil des articles de notre saga dont vous trouverez les liens ici même ou sur la page Facebook du site classés dans la timeline par ordre chronologique, là aussi une innovation www.mouloudia.info.

Toute l'équipe du site a pris énormément de plaisir à concevoir ce travail pour vous et surtout pour le club. Merci pour votre enthousiasme. Merci pour votre intérêt.

Restez-nous fidèles, nous ne vous décevrons pas.

1921: Il était un début...

Dimanche 16 octobre 1921, l'été n'est plus là mais la pointe Pescade va connaître une affluence rarement égalée même dans les jours les plus caniculaires de la saison estivale. Ils sont venus de tout Alger assister à la naissance d'une légende. Et quelle légende?!

Cela fait exactement 16 jours que la nouvelle avait fait le tour de la ville. Des va-nu-pieds de musulmans ont osé l'impensable et monté un club de foot. Une première dans le pays. Et comme si cela ne leur suffisait pas, ils se sont  affilié à la Fédération Sportive Indépendante Nord-Africaine, une des trois fédérations qui régissaient le football à l'époque en Algérie (en plus de la Fédération Football Rugby et la Fédération Nord-Africaine de Football Association) et ont demandé à rejoindre la compétition. Une équipe musulmane lâchée seule face à une armada de troupe européennes, il ne fallait surtout pas rater cela.

L'enthousiasme était encore plus palpable du côté de la Casbah. Un porte-flambeau allait naître ce jour-là ouvrons de nouveaux horizons aux musulmans et défendant fièrement le droit de cette communauté à la pratique sportive, à la parole, tout simplement à exister. Le quartier était en ébullition. Entre ceux qui n'y croyaient pas du tout et vouaient l'entreprise de ces jeunes qui se disaient "mouloudéens" à l'échec, et ceux qui y voyaient la plus grande réalisation musulmane depuis la colonisation, les débats allaient bon train de tous les café maures sur la place d'Alger.

D'autant que ce Mouloudia devait faire son entrée en lice face aux riches rivaux de l'ouest. Ceux-là même qu'on appellera par la suite "pieds noirs". En effet, le MCA faisait son baptême de feu face à l'Elan Bab El oued. Tout un symbole. Musulmans contre chrétiens, pauvres contre riches, opprimés contre décideurs. La rencontre, même si elle comptait pour la 5eme division (3eme série), passionnait déjà par son cachet de Derby.

Pourtant, ce remue-ménage va épargner le domicile du principal intéressé. Chez les Aouf, l'évènement allait passer sous silence. Un silence forcé, car dans la tête et le coeur du papa du Mouloudia, ça bouillonne. L'homme a passé des mois à collecter des fonds pour mettre sur place son équipe. Il réussira à convaincre d'abord le propriétaire du café Fernadjia, M. Abdelkader DZIRI de participer à son projet signant ainsi le tout premier contrat de sponsoring du MCA et donnant l'exemple à d'autres bienfaiteurs à l'image de Braham Bachetarzi qui ne quittera plus jamais le Doyen. Mais le principal financier du club sera Aouf lui-même.

Ca bouillonne d'autant plus dans la tête du jeune adolescent qu'il n'est pas simplement le président du Mouloudia mais aussi son entraîneur. Celui qui avait minutieusement sélectionné les joueurs, les avait entrainé et motivé des heures durant et il allait rater la première sortie de son bébé. Mais pourquoi donc?

C'est Mouloud Djazouli qui nous en donne la réponse: "Hamoud (Abderrahmane Aouf ndlr) a dépensé un argent fou pour le Mouloudia. Son père voyant cela, le bloqua au lit et lui ordonna de ne plus sortir de la maison". Quel homme! Rien ne pouvait arrêter le jeune musulman dans son projet, pas même l'administration française qui avait plié en autorisant son association sportive à voir le jour. Rien, sauf le respect de son père. Donc pour ne pas désobéir à l'autorité paternelle, Abderrehmane Aouf fera une croix sur ce rendez-vous historique dont il avait rêvé tant de nuits ne privant pas ainsi ses camarades de leur entraîneur seulement, mais les mettant dans un bel embarras.

Il est 14h. Des masses d'européens et de musulmans s'entassent autour de ce qu'on appelait à l'époque "stade" Lussac à la pointe Pescade. Tous les regards sont portés sur le banc musulman. Mais aucune trace des joueurs du Mouloudia. Alors qu'en face, les joueurs de l'Elan de Bab El Oued en tenue officielle avaient déjà pris place, côté MCA un amas de gens qui se mêlait à la foule de supporters paraissait tellement perdu qu'on doutait que ce fût là la fameuse équipe du Mouloudia. Et pourtant!

Sonnés par l'absence de leur président et entraîneur, les mouloudéens découvraient sur place une surprise de taille. Leur équipement n'était pas arrivé. "C'était lui (Abderrahmane Aouf ndlr) qui détenait tous les équipements et quand le Mouloudia a dû jouer son premier match, les équipements n'étaient pas sur le terrain et il fallait jouer " dira encore Djazouli. Dépités, le joueurs du MCA n'en étaient pas moins conscient que ce qu'ils devaient rencontrer là ce n'était pas l'Elan de Bab El Oued mais l'histoire. Et il n'était pas question de la décevoir. C'est avec leurs propres vêtements et sans entraineur que les mouloudéens joueront leur premier match de l'histoire.

Il y avait sur le banc les gardiens Bouguetache H'mida et Djender Abderrehmane; les défenseurs Malik Mohamed et Meliani Hadj Mohamed; les latéraux Kouache Slimane, Alliche Youcef, El Ghers et Souiki; et les milieux et attaquants Saâdoune Allal, Djaout Ahmed, Sahnoune Rabah, Abdi Mohamed, Bencharif Mohamed et Hadjouri Sid Ali. 14 noms pour représenter tout un peuple qui n'a pas hésité à venir les acclamer.

Le MCA joue désorganisé,malgré la combativité de ses joueurs, il entame sa jeune carrière par une défaite cinglante. L'adversaire du jour, mieux équipé, mieux organisé, mieux rodé ne fera qu'une bouchée des musulmans. Un score sans appel: 8-0. Une défaite qui fera mal à tous les musulmans. Dès lors, de nouveaux sponsors. Ainsi Youssef Bel Redouane riche grossiste de Bab El Oued et Hadj Soufi propriétaire de la maison des dattes  se joindront à la partie. C'était une question d'honneur. Il fallait tout faire pour que le Mouloudia ne perde plus. Et tout faire commençait par apporter de l'argent et des équipements.

Et ceci donnera rapidement ses fruits. Pour le match suivant contre le Cercle Des Sport, le Mouloudia récupère son entraineur et ses équipements. Une surprise que Aouf avait réservé à ses poulains. Le MCA recevra pour la première saison de son histoire en maillot vert à col rouge et short blanc et se déplacera en maillot blanc et short vert. Les deux tenues sont flanquées à l'emplacement même du coeur du tout premier logo du club: Un croissant et une étoile rouges. A y voir de près, c'était déjà le drapeau Algérien avant même sa création. Ceci aura son effet. Les joueurs ne jouent plus pour le Mouloudia mais pour l'Algérie. Et peu importe que ce soit en cinquième division.

Le MCA inscrira le premier but de son histoire face au Cercle Des Sports et empochera son tout premier point en le forçant à la parité un but partout. L'appétit vient en mangeant dit-on, et les mouloudéens avaient extrêmement faim. Les rencontres suivantes seront l'occasion pour les Sahnoune et co d'inscrire plus de buts. Résultat: deux victoires consécutives face au GSR 2-1 puis face au RSV 2-0. Ce sont là les deux première victoires de l'histoire du club.

Le Mouloudia monte en puissance, et pour son match-revanche face à l'Elan de Bab El Oued, ses joueurs sortent le grand jeu et éblouissent le public. Le match se termine sur un score de 0-0, le MCA ne se vengera pas pour les musulmans mais les honorera en terminant 3eme de sa ligue et en  accédant dès sa première saison à la division supérieure: La 2eme série. Mais ça, c'est une autre histoire qu'on vous racontera bientôt.

A suivre... 

Ces clubs qui nous doivent tant...

S'il est une chose que l'histoire retiendra du Mouloudia pour la prospérité, c'est sa bonté envers des clubs, ingrats pour certains, qui le lui ont rarement rendu. Doyen du sport Algérien, le MCA a été tout à la fois. Le père, le grand frère mais aussi le bienfaiteur et le fédérateur si bien qu'il devint un exemple au-delà des frontières du pays.

Le Club Sportif Constantinois (CSC)

L'exemple type de l'ingratitude qui nous est témoignée aujourd'hui, est incontestablement celui du comportement désespéré du petit frère Constantinois qui tente par tous les moyen de s'inventer un extrait de naissance falsifié lui offrant le privilège de la doyenneté, lui qui compte pour palmarès un seul titre de champion d'Algérie.

Si la vérité crue, celle des documents officiels, donne raison au Mouloudia d'Alger (bien que ce dernier ne se souciât jamais de ce débat), c'est la sentence de l'histoire que nous apportons aujourd'hui. Celle qui ne figure pas dans le journal officiel mais que nous rapporte Hamoud Aouf, fondateur du Doyen, lui même.

Commençons par le tout début. Le football, parti d'Angleterre en 1848, se propagera de proche en proche. Il gagnera d'abord le nord de la France grâce à la colonie britannique vivant au Havre, diffusera dans l'Hexagone puis les pays environnant dont l'Espagne, une halte décisive dans son arrivée en Algérie. En effet c'est d'Espagne vers 1897 que le football traversera la Méditerranée pour s'installer en Afrique du nord, plus précisément à Oran, grâce à des colons Espagnols. C'est donc, naturellement, à Oran que le premier club de football verra le jour en Algérie avant que la discipline ne se propage aux villes environnantes et vers le Maroc puis vers l'est du pays et en Tunisie. Le Club Athlétique Liberté d'Oran (CALO), premier club de football jamais fondé en Afrique, verra officiellement le jour le 10 juillet 1897 soit quelques semaines seulement avant la date présumée de naissance du CSC. Le football qui aura mis 51 ans à traverser la France du nord au sud, n'aura donc mis que quelques mois à traverser l'Algérie d'ouest en est selon les Constantinois. Plus qu'une supercherie, une imposture!

D'où vient vraiment le CSC? L'histoire occultée par les Constantinois pour des raisons que nous ne comprenons pas est toute autre. A Constantine, début du 20eme siècle, deux clubs tentaient tant bien que mal d'exister: l'Étoile Sportive Constantinoise composé de juifs, de chrétiens et d'une minorité de musulmans, et la Jeunesse Sportive Musulmane de Constantine, club principalement composé de musulmans. Deux clubs qui évolueront vers le déclin sous l'effet de la pression coloniale pour l'un et les divergences d'opinion entre musulmans et non musulmans composant ses effectifs pour l'autre. Une bien triste situation qui changera très bientôt.

Aouf sauva les Constantinois

Car, voyez-vous, les nouvelles venant d'Alger sont porteuses d'un immense espoir. On dit qu'il y a là un homme qui a réussi à prendre de contre pied la machine administrative coloniale et fonder un club 100% musulman qui a tenu bon 5 années durant. Un exploit qui éveillera la curiosité de deux anciens membres de l'Étoile Sportive Constantinoise et de la Jeunesse Sportive Musulmane de Constantine. Deux médecins amoureux du ballon rond et empreints de nationalisme algérien. Les docteurs Bendjelloul et Moussa viendront début 1926 en éclaireurs à Alger, rencontreront Aouf et prendront conseil auprès de lui. L'homme les encouragera fortement dans leur démarche de créer, enfin, un club de football musulman à l'est du pays.

Aouf dira à cet effet: "Les docteurs Moussa et Bendjelloul de Constantine sont venus au Mouloudia et m'ont demandé les statuts du MCA. Je les leur ai remis et le CSC a pu voir le jour". Voilà la baffe que l'histoire assène aux falsificateurs. Et c'est en imitant le modèle du Mouloudia Doyen des clubs Algériens que le CS Constantine verra le jour un 26 juin 1926.

Union Sportive Musulmane d'Alger (USMA)

Le hasard faisant bien les choses, c'est un 5 juillet que l'USMA verra le jour suite aux efforts d'anciens joueurs des jeunes catégories mouloudéennes dont Bennour Said, Meddad Arezki et Sid Ali Terkmane menés par M. Kemmat. Des jeunes inexpérimentés mais qui savaient, malgré leur différend, qu'ils pouvaient compter sur un homme dont l'intégrité n'avait d'égard que la grandeur du club qu'il dirigeait. Kemmat avouera: "Mes fréquents contacts avec Mouloud Djazouli dirigeant très actif du MCA m'avaient beaucoup appris".

En réalité, Djazouli (paix à son âme) fera plus que "apprendre" au futur usmiste. Il n'hésitera pas à lui confier une copie des statuts du MCA et  interviendra personnellement pour faciliter les démarches de création de l'USMA auprès de la préfecture d'Alger.

"Mon ami Belkessa était responsable à la préfecture. Quand s'établissaient les statuts ou les rapports je lui téléphonaient 'Voilà, un club va se présenter à toi, tu l'aides à s'affilier". Belkessa se faisait une joie de les aider. Le Mouloudia a aidé beaucoup de clubs musulmans. Certains reconnaissent, d'autres pas", dira à cet effet feu Djazouli.

"Chaque groupe devait implanter une équipe musulmane dans toutes les ville d'Algérie. Mais il leur fallait une autorisation préfectorale. Ils allaient voir Mouloud Djazouli au MCA qui leur disait ce qu'il fallait faire et pour faciliter les choses il me les envoyait. J'étais à la première division, responsable, je faisais les démarches et leur obtenais l'autorisation. Parfois je falsifiais un peu..." rétorque Abdelkader Belkessa.

L'USMA naîtra par cette matinée de l'année 1937 suite à de longues négociations avec le colonisateur sur l'intérêt de la mention "Musulmane" dans l'appellation du club. Elle tiendra sa première assemblée la même année et ouvrira ses portes à d'autres anciens mouloudéens à l'image de Basta, Mohamed Ouali et Zennagui Mohamed.

75 ans plus tard, le club, en mal de reconnaissance à ses bienfaiteurs et au combat de ses fondateurs préfère rompre avec son identité musulmane et opte pour une appellation plus folklorique. L'Union Sportive Médina d'Alger n'est désormais plus musulmane.

Nasr Athletic Hussein Dey

Le NAHD est issue de la fusion de deux clubs en 1947. L'Idéal Club d'Hussein Dey et le Nedjma Sport d'Hussein Dey. C'est ce dernier club qui nous intéressera le plus. En effet, Nedjma a été fondé, par ni plus ni moins, le président mouloudéen des années 1940 lui-même! Mahmoud Bensiam, vu que c'est de lui que nous parlons, pensait que la meilleure façon d'aider les musulmans de ce quartier d'Alger était de leur offrir un club bien à eux. Nedjma sera d'abord un club de boxe qui deviendra omnisport en 1944.

En 1947, Bensiam rencontrera Mohamed Yahi, président de l'Idéal d'Hussein Dey. Les deux hommes décideront communément de fusionner leurs deux clubs. Le Nahd était né. Bensiam étant trop pris dans la gestion du MCA, c'est son oncle qui prendra place dans le conseil d'administration du tout nouveau club nahdiste.

Jeunesse Sportive de Kabylie

En 1942, Ali Benslama reçoit en cachette les documents portant statuts du Mouloudia d'Alger. Il s'agissait pour les mouloudéens comme pour le kabyle de ne pas éveiller les doutes des services de sécurité. C'est le libraire du quartier qui se chargera de la livraison du colis en provenance d'Alger.

Les Zmirli, Hassoun et Iratni se réunissent alors, étudient les documents et annoncent la création de l'Association Sportive Kabyle (ASK) qui sera aussitôt interdite par les services de police. Téméraires, les jeunes hommes reviennent à la charge sous la houlette de Said Amirouche et créent en 1946 sur la base des mêmes statuts (ceux du MCA) la JSK. Ils choisiront pour couleurs ceux du groupe Al-Hilal des scouts musulmans algériens dont ils étaient membres soit le jaune et le vert. Mais un mouloudéen allait leur faire changer d'avis.

Yamarene Ali, arrière central du Mouloudia de 1934 à 1940 s'est installé depuis son retour du service militaire à Tizi Ouzou où il travaille comme policier. C'est lui qui s'assurera du cachet secret des réunions des kabyles afin d'éviter toute descente de police. Mais encore plus, c'est lui qui arrivera à convaincre les Kabyles de la symbolique des couleurs. Et la JSK, à l'image du MCA,  joua en Vert et Rouge.

Union Sportive Musulmane de Blida (USMB)

L'USMB, fondé en 1932, fût le second club musulman du centre à rejoindre le MCA en division d'honneur. Mais voilà, même si le club était plus riche que le Mouloudia, il n'en demeure pas moins que sur un plan purement sportif, il souffrait beaucoup plus. Si bien qu'au bout de sa première saison parmi l'élite, il se trouvera déjà menacé de relégation au même titre que le club français de Gallia Sport. Les dirigeants de ce dernier mèneront une campagne de pression sur le MCA afin d'avoir gain des point du match qui devait mettre en opposition les deux équipes et enfoncer les Blidéens, mais les Mouloudéens se montreront fidèles à leurs principes. Le MCA bat le Gallia Sport et l'USMB reste en division d'honneur.

Smaïn Khabatou, joueur du MCA de l'époque dira: "Le Gallia Sport d'Alger et l'USM Blida étaient menacés de relégation. Le Gallia devait gagner contre le Mouloudia pour rester en division d'honneur de voir l'USMB chuter. Parmi les dirigeants du Gallia, il y avait des gens importants, membres du conseil municipal d'Alger et influents auprès de la ligue. L'un d'eux est allé voir notre gardien et un autre joueurs qui travaillaient à la mairie d'Alger et leur a dit: donnez-nous le match et je t'offre 250.000 francs. Ces deux joueurs sont venus nous avertir. Nous avons fait jurer tout le monde sur le Coran de ne pas se laisser corrompre (...) Le match fût serré, tendu. Il nous fallait faire tomber le Gallia pour maintenir en Division d'Honneur l'USMB. Après 20 minutes de jeu j'inscris le premier but d'u tir imparable des 25m. J'en rajoute un second qui me sera refusé. Nous sommes sortis de cette fournaise sur le score de 1-0 (...) Le dimanche suivant, nous avons laissé le match à l'USMB et le Gallia chutait. L'USMB se souvint du geste mais il importait que le Mouloudia fît son devoir vis-à-vis du sport musulman."

Mouloudia Club d'Oujda (MCO) et l'Union Sportive Musulmane Témouchentoise (USMT)

Par ses qualités humaines si prononcées et un engagement infaillible à la patrie, le réputation du Mouloudia allait vite arriver au fin fond du pays et traverser ses frontière. Elle fera des émules au Maroc où les Oujdis mettront un point d'honneur à créer leur Mouloudia.

"A l'échelle Nord-Africaine, le Mouloudia était un symbole. Au Maroc il y eut même la création d'un Mouloudia. Celui d'Oujda. Le Mouloudia instruisait les musulmans. Quand on allait jouer quelque part, on haranguait les supporters locaux. On les invitait à faire du sport. Mais comment? nous répondaient-ils, nous n'avons pas de stade. Et on répondait: Vous êtes contribuables, vous avez le droit au stade! Ils avaient peur de s'engager alors le Mouloudia les encourageait de sorte que tous les clubs qui se sont créés, l'ont été avec les statuts du MCA" dira Mouloud Djazouli allah yerrahmou.

C'est ainsi qu'en allant jouer à Ain Témouchent le Zideria local en 1928, les mouloudéens poussèrent les musulmans locaux à mettre sur pied leur propre club. Ces derniers mettront 9 années à obtenir leur affiliation mais ne se décourageront jamais car les mouloudéens les ont soutenu tout au long de cette période jusqu'à l'obtention de leur agrément en 1937. L'Union Sportive Musulmane Témouchentoise était née.

Des exemples vous en trouverez d'autres, tant le Mouloudia, décrié par l'ingratitude de certains, fût avant tout ce père aimant et protecteur des musulmans d'Algérie. Les mémoires témoignent de son engagement auprès de ses frères qui le lui ont rarement rendu. Qu'à cela ne tienne, la seule  reconnaissance que le Mouloudia a jamais recherché, et qu'il a obtenu d'ailleurs, est celle de l'histoire. Aujourd'hui, comme hier, il ne cesse de s'en targuer envers et contre les jaloux.

Ceci est notre premier apport à l'édifice auquel nous tenons tant, celui d'écrire le plus fidèlement possible les mémoires d'un monument de l'Algérie.Nous remercions les employés de la section archives de la bibliothèque nationale du Hamma ainsi que nos amis établis en France qui nous ont aidé à rassembler tous les documents nécessaires à l'élaboration de cette série.

Et que vive le Mouloudia!

Au nom de l'islam!

L'histoire qu'on s'apprête à vous raconter ce soir est peu banale. Elle est même exceptionnelle car aucun autre club en Algérie ne peut aujourd'hui prétendre égaler la sainte lutte menée par le Mouloudia pour la préservation de l'identité musulmane du peuple algérien. Aujourd'hui vous saurez pourquoi MCA rime avec Moudjahid Club d'Algérie.

Tout a commencé en 1932. Le Mouloudia qui s'adonnait à des matchs d'exhibition aux 4 coins du pays afin d'exhorter les musulmans à s'unir pour fonder des clubs bien a eux, va s'engager bien malgré lui dans le camp de la résistance active.

Le Doyen, dont la réputation avait franchi nos frontières recevait régulièrement des invitations de clubs ou d'associations musulmanes et se faisait une joie d'y répondre par la positive. Mais en ce jour de 1932, en acceptant l'invitation du Croissant Club de Biskra à participer à un tournoi de football, le Mouloudia a d'abord répondu à l'appel de son destin. Les joueurs mouloudéens y mettront même de leurs poches pour financer le déplacement du club jusqu'à Biskra scellant à jamais l'histoire du MCA à celle du nationalisme algérien. A la réception il y avait foule. Le Mouloudia était déjà une légende. Il aura un accueil digne de sa stature. Une cérémonie grandiose sera même donnée en son honneur par le président du club Biskri.

Et c'est à cette réception que tout va basculer. Parmi les invités, il y avait les notables de la ville, les amis du club local, des personnalités religieuses et surtout un homme qui faisait autorité depuis longtemps dans la région. Un homme dont on dit qu'il était parti s'installer dès l'age de 6 ans à Médine en Arabie Saoudite avec ses parents où il créa à seulement 25 ans le journal "El Qibla" qui prônait les valeurs de l'islam et invitait les arabes à l'unité. Un homme qui, quelques mois plus tôt suite à une rencontre avec Abdelhamid Ben Badis, Larbi Tébessi, Bachir El Ibrahimi et tant d'autres, a fondé l'organisme qui allait devenir le moteur principal du nationalisme algérien: l'Association des Oulémas Musulmans.

Tayeb El Okbi, vu que c'est de lui qu'il s'agit, avait une opinion très différente sur la pratique sportive. Contrairement aux autres théologiens de l'époque qui y voyaient un moyen de distraction qui éloignait les jeunes de la religion, El Okbi à l'image du Mouloudia, y voyait une façon comme une autre de lutter contre l'occupant et d'affirmer son existence. C'est une variante du Djihad qu'on devait encourager par tous les moyens. Et quoi de plus symbolique pour cet homme que de venir à la rencontre de ce Mouloudia dont le seul nom faisait dresser la fibre patriotique des Algériens? D'autant que depuis quelques semaines, les autorités françaises menaient la vie dure au Cheikh qui était épié dans ses moindres mouvements. Rencontrer le Mouloudia c'était avant tout adresser un double message, celui aux musulmans que les oulémas restaient actifs et celui au colonisateur qu'il n'en était pas intimidé.

Tayeb El Okbi improvise en arabe littéraire un discours sur la science, le progrès, l'islam, le travail... Les mouloudéens sont ébahis par tant de sagesse. Plus particulièrement le vice président du club, Tahar Ali-Chérif qui suivait depuis un bon moment le parcours des oulémas musulmans. Il prend alors la parole et se met à relater à la foule présente le parcours élogieux du Cheikh en insistant sur la concordance de vues entre le MCA et l'association des oulémas musulmans. Le Cheikh est impressionné par tant d'énergie et de savoir. L'histoire aurait été d'une banalité absurde si le dirigeant mouloudéen s'était contenté d'étaler tout son savoir au cheikh, mais voilà, Ali-Chérif ne s'arrête pas à ce point et prononce la phrase par laquelle tout va s'enchainer.

"De parole en parole, le vice président lança au cheikh une invitation à nous accompagner à Alger. Une invitation à la manière polie. Mais nous avons été pris au piège car ce qui n'était que politesse au départ devint réalité. C'est ainsi que Cheikh Tayeb El Okbi nous a suivi à Alger" dira Mouloud Djazouli.

Et c'est Mahmoud Bensiam, président du Mouloudia qui recevra le Cheikh en personne. Le courant passera rapidement entre les deux hommes et Bensiam n'hésitera pas à mettre à la disposition de son invité les locaux du club: Le Nadi Ettaraqi (le cercle du progrès) alors quartier général du MCA. Un nom qui plaira tellement à Tayeb El Okbi qu'il ne le changera plus.

C'est ainsi que deux Nadi Ettaraqi (celui des oulémas musulmans et celui du MCA) coexisteront côte à côte dans les mêmes locaux entre 1932 et 1934. Deux années de parfaite symbiose. "Entre Oulémas et Mouloudéens il y avait un lien. Tout ce qui était Mouloudia était Musulman, et tout ce qui était Musulman était Mouloudia" dira à cet effet Djazouli. Les policiers, n'osant pas faire de descentes dans les locaux du MCA de peur d'un soulèvement populaire général dans la Casbah, laissaient faire le Cheikh qui s'en trouvait ainsi protégé par le Doyen. El Okbi, au fil des semaines,,retrouvait une sérénité qu'il n'avait pas à Biskra et travaillait à promouvoir l'association des oulémas à Alger à partir du siège du Mouloudia.

C'est donc le Mouloudia qui a permis aux Oulémas Musulmans de devenir ce qu'ils sont devenus à Alger. Au bout de ces deux années de cohabitation, le mouvement des oulémas prendra une ampleur inespérée. A tel point que la coexistence devenait difficile entre théologiens qui avaient besoin de calme pour leurs prières et prêche et mouloudéens très bruyants lorsqu'il s'agissait de fêter une victoire. C'est Mohand Tiar, nouveau président du Mouloudia qui trouvera la solution.

Le MCA fait le sacrifice de céder son siège sis rue des Abderrahmes aux Oulémas comme première contribution matérielle à la lutte pour la libération de l'Algérie et va s'installer plus bas dans la Casbah. Il ne romp pas pour autant avec l'association même après le départ du Cheikh El Okbi vers Constantine. Mahmoud Bensiam, l'ancien président mouloudéen, fondera un nouveau Nadi Ettaraqi à ce moment-là à Hussein Dey et reprendra le flambeau du Cheikh.

Le Mouloudia, lui continuera l'œuvre d'El Okbi et contribuera à la construction de mosquées à travers toute l'Algérie à l'exemple de celle de Belouizdad en 1939 quand le Doyen avait donné un match de gala face à l'USMO et reversé toute la recette de la rencontre à la réalisation de ce lieu de culte. Belcourt, un quartier à majorité juive, avait enfin sa mosquée.

Le Club aidait aussi les familles nécessiteuses. Mouloud Djazouli avouera qu'il allait lui-même taper aux portes des joueurs minimes et cadets du club afin de remettre des enveloppe à leurs parents chaque veille de l'aïd afin de permettre à ces enfants de fêter convenablement l'occasion si chère aux musulmans. "Le Mouloudia voyait tous les joueurs. Le Mouloudia a marié des joueurs. Le Mouloudia a enterré des joueurs. Le Mouloudia instruisait les Musulmans. Le Mouloudia formait les Musulmans.Le Mouloudia cherchait des emplois, en trouvait et donnait du travail. Le Mouloudia faisait du social. Le Mouloudia était avant tout humanitaire."

A suivre...

Scouts Musulmans Algériens: Par le Mouloudia et pour l'Algérie

Sétif. 8 mai 1945, Bouzid Saal, jeune scout, drapeau algérien à la main, est abattu par un gendarme français. L'incident sera le tournant de la résistance algérienne face à l'occupant. Bouzid sera le second martyr d'une longue liste que les scouts musulmans algériens donneront pour la cause nationale. Second, car le premier n'est autre que le fondateur-même du mouvement: Mohamed Bouras.

Nous sommes en 1925. La famille Bouras quitte Miliana et s'installe rue Farine à la Casbah d'Alger. Les Bouras forment une famille conservatrice, très à cheval sur la religion. Le papa, proche de la mosquée de Miliana, a inculqué à ses enfants les valeurs de l'islam. La famille ne se considère pas comme Française, encore moins comme indigène. Les Bourras sont avant tout musulmans et il n'était pas bon en ces temps-là d'être musulman dans le petit village de Miliana.

Les Bouras prennent quartier à proximité d'une autre famille qui a fuit Miliana. Les Belkessa forment eux aussi une famille conservatrice des valeurs algériennes. Le papa, ancien militaire, était membre du comité de la mosquée Sid-Ahmed Benyoucef. Les deux familles vont rapidement sympathiser et devenir inséparables. Une relation qui affectera rapidement leurs deux enfants respectifs: Mohamed et Abdelkader. Surtout que les deux gosses partagent la même passion: Le football.

L'inséparable binôme passait le plus clair de son temps à courir derrière un ballon. Si bien qu'un jour, un responsable de la firme française de textile "Demago", ébloui par leur talent, les enrôle dans son équipe. Les deux "arabes" joueront pendant 3 saison pour le compte du Français. Seuls musulmans de l'équipe, ils se démarqueront par leur talent et ça n'échappera pas aux dirigeants du Mouloudia.

"Le MCA qui avait son siège place de la Régence entendit parler de nous, et un soir de 1927, Hamoud Skandrani et Braham Derriche, des joueurs du Mouloudia, sont venus nous voir pour nous demander de jouer pour leur club. Nous avons tout de suite accepté car ils ont su toucher la fibre sensible et nous disant que c'était une équipe musulmane." dira Abdelkader Belkessa.

Au Mouloudia, Bouras apprendra le nationalisme, l'amour de la patrie. Son père lui avait appris qu'il n'était pas Français, pas indigène, au Mouloudia il apprendra qu'il était Algérien. C'est ainsi qu'en 1930, pour le centenaire de la colonisation de l'Algérie, Bouras jouera les troubles-fête à place du Gouvernement (place des martyrs). Au grand bal dansant organisé par les colons autour du kiosque à musique, le mouloudéen répondra avec l'aide d'une poignée de ses amis par un brouhaha assourdissant si bien qu'il gâchera la fête des européens. Un succès qui lui donnera à réfléchir. Bouras comprend qu'il lui était temps de s'organiser pour de plus grandes opérations.

1932, un évènement de taille va précipiter les choses dans la tête du jeune mouloudéens. quelques semaines après un match amical à Biskra contre le Croissant local, un homme allait débarquer au Cercle du Progrès du Mouloudia et pousser le jeune joueur sur le chemin de la résistance. Tayeb El Okbi, membre des Oulémas Musulmans et compagnon de Ben Badis, s'installe chez le MCA et donne des cours aux musulmans de la Casbah et aux joueurs du club. Le cheikh leur apprend l'arabe, l'islam mais surtout l'amour de la patrie. Une patrie qui s'appelle Algérie.

Mohamed prend de la maturité dans cette ambiance mouloudéenne. Son rapprochement avec le cheikh El Okbi le fait basculer complètement. Désormais il n'avait qu'un seul objectif: faire monter la conscience nationaliste parmi les plus jeunes algériens et, éventuellement, les préparer à toute éventualité. Le projet prendra forme dans la tête du jeune joueur lorsque son frère, de retour de Miliana, lui parle d'un curieux mouvement qui vient d'y faire éruption. Cela s'appellerait "le scoutisme". Bouras se renseigne et monte, avec l'aide de son frère, un tout premier groupe dans la clandestinité la plus totale.  Le Kechf Ibn Khaldoun sera le premier groupe de scouts musulmans jamais fondé en Algérie.

L'opération sera un succès. Mohamed s'attaque alors à Alger et fonde le Kechf El Falah dans la capitale en 1934. Devant la pression de l'administration française, Bouras décide de sortir de la clandestinité. C'est ainsi qu'il dépose en 1935 les statuts d'une organisation non gouvernementale appelée: "Scouts Musulmans Algériens". Bouras était alors encore joueur au MCA. Il faudra une année et un gros travail de coulisses de son ami d'enfance Abdelkader Belkessa  qui travaillait à la préfecture d'Alger pour que l'organisation soit officiellement reconnue par la France.

En Moins de 3 années, les Scouts Musulmans Algériens investiront tout le territoire national et tiendront des assises fondatrices d'une fédération nationale des Scouts Musulmans à Miliana. Nous sommes alors en 1939. Le Scoutisme Algérien venait de naître grâce aux efforts d'un joueur du Mouloudia qui aura forgé son nationalisme dans les murs de ce merveilleux club. Sa devise? "Soit prêt!". Une allusion à peine voilée à la vraie mission du mouvement: préparer les Algériens à la lutte armée. Bouras fera même un dernier affront à l'administration française en cédant la direction du mouvement à Abdelhamid Ben Badis.

C'en était trop! Le gouvernement Français dans sa fourberie et sa lâcheté, le classe parmi les têtes à abattre rapidement. Mohamed est arrêté le 8 mai 1941 et sera inculpé d'espionnage pour les Nazis. Tout un symbole. Après un procès expéditif, il sera fusillé le 27 mai suivant à Hussein Dey.

La France pensait en faire un exemple, elle en a fait le premier martyr de la révolution algérienne. L'information de son exécution fera le tour du pays et renforcera le nationalisme des scouts musulmans algériens. Désormais ils le savent, la France craint le mouvement. Un mouvement qui ne fera que grandir jusqu'à ce 8 mai 1945 où un autre Scout tombera au champs d'honneur. Bouzid Saal, jeune adolescent, décèdera drapeau Algérien en main et gravera son nom en haut d'une liste de 45.000 morts. La langue des armes sera désormais la seule que les algériens utiliseront dans leur dialogue avec l'occupant. et là encore, les scouts seront au premier rang.

A suivre...

1951: L'invasion de Tunis

De tout temps, les supporteurs mouloudéens ont été parmi les plus chauds, les plus chauvins et les plus dévoués à leur club. En 1951, ils auront une occasion en or d'inscrire à leur effectif un record jamais égalé jusqu'alors. Et quel record?!

 
En cette saison 1950-1951, rien ne va plus pour l'éternel dauphin. Le complot des équipes européennes fait entrer le club musulman dans des calculs interminable visant à le casser coûte que coûte. Il reste cependant aux Vert et Rouge une compétition dans laquelle ils peuvent briller.
 
La coupe Nord-Africaine, ou coupe Steeg, créée en 1930 pour commémorer le centenaire de l'Algérie française, en était à sa 15eme édition (trêve liée à la seconde guerre mondiale) et réunissait les clubs des ligues du Maroc, d'Oran, d'Alger, de Constantine et de Tunisie.
 
Depuis la reprise de la compétition pendant la saison 1947-1948, le Mouloudia n'avait plus réussi à franchir le premier tour. Eliminé par le Wydad Casablanca en 48 (3-1), puis par l'USD Meknès en 50 (2-1), le MCA avait une revanche à prendre sur le destin. Et sa victoire lors du premier tour de cette édition 50-51 face l'ESFM Guelma (2-0 au stade de Boloughine) lui a ouvert, ainsi qu'à son peuple, les portes de l'espoir. Le Mouloudia se met alors à rêver, et quand le Mouloudia rêve c'est en grand.
 
D'autant que la conjoncture de l'époque offrait un tout nouveau objet de curiosité aux Algériens. La ligne ferroviaire trans maghrébine inaugurée quelques années auparavant venait d'être dotée de nouveaux types de trains plus rapides, mais, surtout, plus confortables. Les Algériens nommeront affectueusement ces fameux trains brillants argentés: les Wagons Inox. La Ligne Alger-Tunis en Wagon Inox inaugurée quelques jours seulement plus tôt allait offrir aux mouloudéens une raison idéale d'envahir Tunis.
 
Car c'est à Tunis face au club local du CS Hammam Lif que devait se jouer le 1/4 de finale de coupe Nord-africaine. Le Mouloudia fort de ses Hacène Hamoutène Abderrahmane Deguigui, Omar Hahad son goléador, , le gardien Mansour Abtouche, Smaïn Khabatou, Abdelkader Abdellaoui, Mohand Oualiken,  Hassen Bennour, Sid-Ahmed Kouar, Amar Guitoun et Hamid Benhamou ne jurait que par la qualification et n'avait qu'une idée en tête la fêter en présence de son peule à Tunis même.
 
L'idée s'est vite transformée en projet.  Et la direction mouloudéenne de l'époque allait contribuer grandement à sa réalisation. Pas moins de deux Trains Inox entiers seront réquisitionnés par le club musulman phare d'Afrique du Nord. En tout, 2.500 supporteurs Algérois accompagneront leur équipe fétiche au stade Zouitten de Tunis.
 
Les mouloudéens envahiront Tunis dans un précédent historique. Jamais un match de foot n'aura drainé pareille foule venue d'outre-frontière en Afrique. Les organisateurs de la rencontre enregistreront une recette exceptionnelle jamais égalée dans l'histoire de la compétition. Le MCA perdra malheureusement pas 1-0 et se fera éliminé mais le peuple du Mouloudia fêtra quand même ses héros à Tunis. Une tradition venait d'être lancée par les mouloudéens. Désormais, les supporteurs des autres clubs demanderont à leurs directions respectives de copier l'exemple mouloudéen en organisant le déplacement des fans.
 
Smaïn Khabatou, malheureux perdant de la rencontre témoigne: "Pour la seconde fois de son histoire le Mouloudia accédait au 1/4 de finale de la coupe Steeg et il devait rencontrer Hammam-Lif à Tunis. Ce fût mémorable! Les wagons inox circulaient pour la première fois en Algérie. Le Mouloudia se permit d'organiser le déplacement de supporters à Tunis. Deux trains emmenèrent 2.500 supporters qui virent le match même si nous avons perdu 1-0. Mais nous avons fait à Tunis le record de spectateurs d'Afrique du Nord et donc, le record de la recette d'un match en Afrique du Nord."
 
L'histoire retiendra au peuple mouloudéen le tout premier déplacement organisé de supporteurs en Afrique.
 
A suivre...

26 octobre 1982: Il était une tragédie...

Vendredi 26 octobre 1982. 7eme journée de première division dans une Algérie mondialiste qui vibre plus que jamais pour le football. Et quelle journée?! Le Milaha Hussein Dey d'un certain Rabah Madjer recevait pas moins que le Mouloudia Pétroliers d'Alger au stade vieillissant et mal entretenu du vélodrome d'Alger dans une affiche explosive. En effet, quelques semaines plus tôt, lors du mercato d'été, le Mouloudia d'Alger séduit par la performance du meneur de jeu du MAHD a tenté de s'attacher les services de ce dernier mais le Milaha fera pression sur son joueur et mettra un terme à la transaction. Une rivalité nait alors entre les deux clubs qui comptaient bien régler leurs comptes durant ce derby.

Dès lors, le stade s'avèrera trop exigu pour les stars qui allaient fouler la pelouse et leurs milliers de fans qui devaient s'entasser dans les gradins. D'autant plus qu'une autre rencontre était programmée en ce même lieu quelques heures plus tôt. Un certain OM Ruisseau recevait dans son fief la JS Djidjel. Deux équipes qui comptent elles aussi des milliers de fans dans les quartiers environants du stade. 

14h, sortie des mosquées en ce jour saint. Tout Alger accourait alors vers le Ruisseau. Il s'agissait pour les supporteurs de ne surtout pas rater le derby de la saison. Mais sur place, une mauvaise surprise attendait les fans des deux équipes. Le stade était déjà bandé et ses portes sont restées fermées. En effet, les supporteurs de la JSD comme ceux de l'OMR alléchés par l'affiche suivante, ont refusé de quitter les lieux et préféré squatter les tribunes. Pas de place donc pour ceux du MPA comme pour ceux du MAHD hormis quelques privéligiés qui ont pu s'entasser tant bien que mal côte à côte. 

Dehors, c'est la cohue générale. Devant la désorganisation totale des responsables du stade, les fans ont décidé d'agir. La décision est vite prise, que les portes leurs soient fermées au nez ne les empêchera pas d'accéder au stade et assister à l'affiche de cette phase aller. Les supporteurs décident alors d'enjamber le mur de l'enceinte et font irruption dans un stade déjà comble. Les places se faisant rares, les derniers arrivés, et devant le manque flagrant de services de sécurité, montent sur la toiture jamais entretenue, notamment celle du virage sud, du temple sportif. Une décision qui s'avèrera fatale. 

Tous ce beau monde n'attendait bien sûr qu'une seule chose: l'entrée sur la pelouse de Rabah Madjer. Les uns pour l'applaudir, les autres pour lui crier leur désarroi et colère. A l'époque, un speaker annonçait l'entrée des joueurs sur le terrain. Au fur et à mesure que le nom de Madjer approchait, la tension se faisait sentir plus forte. "Numéro 5, Merezkane. Numéro 6 Mekideche....". Les mouloudéens se mettent alors à taper des pieds dans les tribunes comme, malheureusement, sur les toits fragilisant un peu plus la structure qui supportait à peine le poids de ses locataires du jour. 

La sortie de Madjer fera exploser le stade et sa toiture qui se brisera en deux dans sa partie la plus à l'Est du virage Sud. une pluie de supporteurs et de métal tombait alors sur les fans assis dans ces gradins. Entassés et pris au piège par les barrodages qui entouraient la main courante, beaucoup n'ont pas pu fuir. Résultat: 11 morts et des centaines de blessés dont des dizaines qui en portent toujours les séquelles allant parfois jusqu'au handicap moteur.

La rencontre, annulée, sera rejouée le jeudi 13 janvier 1983 et remportée par le Milaha 1-0.

Une tragédie qui ne se renouvellera jamais dans l'histoire du football algérien et qui engage directement l'incompétence des structures sportives de l'époque à organiser un simple match de championnat. Le stade 20 août sera revêtu plus tard d'une nouvelle toiture mais à quoi bon? Le mal était déjà fait! Nous rendons ici hommage à nos morts. Longue vie au Mouloudia.

Mouloudia.info 

Moi Mouloudia!

Je suis de ces légendes qu’on imite sans jamais les égaler. Je suis de ces mythes que les peuples s’arrachent et s’approprient. Je suis de ces révolutions auxquelles les opprimés s’identifient. Je suis à moi seul un monument qui raconte tout un pays et je n’ai pas cessé de vous étonner. Moi, Mouloudia!

J’ai de tout temps été le porte-flambeau de la lutte non armée du peuple Algérien bien que j’ai vu nombre de mes enfants tomber en martyrs pour que vive l’Algérie. Mon histoire, aussi vieille que celle du nationalisme Algérien, a toujours été étroitement liée (jusque dans ma naissance-même) aux valeurs identitaires d’un peuple algérien opprimé.

Nous sommes en début des années 1920. Le pays se remet tant bien que mal de la première guerre mondiale qui s’est achevée quelques années plus tôt au prix de dizaines de milliers de vie exportées d’Algérie vers les premières lignes du front en Europe. Sur la plus grande place d’Alger au pied même de la Casbah, se dresse -telle une gifle donnée aux musulmans, la statue de Ferdinand-Philippe comme pour rappeler aux indigènes la défaite de l’Emir Abdelkader fondateur de l’état Algérien moderne. Comble de l’humiliation, le duc d’Orléans du haut de son cheval semblait défier fièrement de son épée le minaret de la mosquée Djamaa El Djedid.

C’est au pied de cette œuvre à la gloire du colonialisme que j’allais naître dans la tête d’un ancien joueur de football du Club Sportif Algérois par un matin du mois sacré de Ramadhan de cette année 1921. Abderrahmane Aouf (puisque c’est de lui qu’il s’agit), flânait sur la place des Martyrs (place de la République à l’époque) transformée en immense marché pour la circonstance beaucoup plus pour passer le temps en cette journée du mois sacré que pour faire les courses nécessaires au ftour du jour. Non loin de lui, sur le peu d’espace libre laissé sur l’esplanade, des enfants essayaient de jouer au foot avec un ballon en papier qu'ils avaient confectionné lorsqu’un régiment de l’armée Française faisait son apparition. L’instant allait être décisif dans ma création. Ce qu’allait entendre Aouf à ce moment-là, lui confèrera toute la force nécessaire pour faire face aux multiples obstacles qu’allait dresser l’administration coloniale pour m’empêcher de voir le jour. Arrivé à hauteur des petits sportifs du jour, un des militaires Français lancera à son camarade « Voici le Parc des Princes des Arabes ! ». La phrase sonnera tout au long de la journée comme une insulte dans les oreilles de Abderrahmane au point où il n’en dormira pas le soir. Une injustice qu’il se mettra à réparer dès le lendemain avec ses amis.

Quelques semaines après, le 7 août 1921, veille du Mawlid Ennabawi et au terme d’âpres préparatifs, toute la bande se réunira  au café Yahi (Banachere à l’époque) et décidera de la proclamation officielle de ma naissance. Il restera tout de même un détail à régler. Quel nom allait-on me donner ? On pensera à Eclair sportif d’Alger, à Croissant Club d’Alger, à l’Etoile Sportive d’Alger et, même, à la Jeunesse Sportive d’Alger sans que aucune de ces appellations ne fasse l’unanimité parmi les présents. Mais on allait bel et bien me trouver un nom ce soir là. Personne ne sait vraiment qui allait le faire, mais tout le monde sait comment. Au milieu du brouhaha du café, une voix allait s’élever et crier « Mouloudia ! ». Puis rien. Le silence. Le mot, fraîchement inventé, sonnait tel un doux grincement d’une porte du paradis. Référence suprême à ma double appartenance arabe et musulmane, mon nom sera un défi lancé par cette bande d’indigènes à l’administration coloniale à la hauteur de cette imposante statue qui surveille nuit et jour Djamaâ el Djedid. Je me tiendrai avec arrogance face à l’histoire, à l’injustice et à l’oubli. Mieux, je serai le Mouloudia Chaâbia Al-djazaïria, car c’est par le peuple et pour la nation que j’allais naître, et cela, l’administration française n’allait pas si facilement l’accepter.

Aouf passera toute la nuit du 7 au 8 août à ficeler son dossier de création du club avant d’envoyer une demande officielle au préfet d’Alger. Demande qui mettra en branle la machine bureaucratique française dans le but de faire renoncer le jeune Casbadji coûte que coûte à son projet. C’était sans compter sur la détermination de Abderrahmane qui gardait en tête la scène à laquelle il avait assisté quelques semaines plus tôt sur la place des martyrs. On lui reprochera d’abord son âge (19 ans et demi) sous prétexte qu’il était mineur aux yeux de la loi (la majorité était fixée à 21 ans à l’époque) et ne pouvait donc pas prétendre à la présidence d’une association. L’Algérois déjouera ce piège avec habilité en falsifiant les documents remplaçant Abderrahmane (son prénom) par Abdelmalek Aouf (mari d’une de ses tentes).  L’administration coloniale n’y verra que du feu. Mais le préfet le convoquera à deux reprises pour écouter sa réponse à propos de deux accusations qui frôlaient la trahison et qui auraient pu le faire jeter en prison. D’abord, vis-à-vis de la nécessité de la création d’un club sportif musulman. Mon créateur répondra habilement que le principal but était de préparer les musulmans au service militaire, de les garder en bonne forme physique pour offrir à la France les soldats qu’elle méritait. Le Préfet se laissera berner pour re convoquer une seconde fois mon fondateur qui devait cette fois répondre du choix des couleurs. Aouf expliquera calmement que le vert  représentait le paradis et le rouge l’enfer.

La puissante administration Française se fera battre à son propre jeu même s’il me faudra attendre jusqu’au 1er octobre suivant pour être officiellement reconnu. 14 jours plus tard, je faisais ma première apparition dans un stade à la Pointe-Pescade. Je subis alors une lourde défaite face à la riche formation de l’Elan Bab El Oued (8-0) mais ça ne me découragera pas, bien au contraire. Au-delà des résultats très moyens que j’enregistre lors de ma première année de création, partout où la nouvelle de ma naissance était arrivée, elle a suscité joie et mobilisation. Bientôt, toutes les villes d’Algérie allaient connaître la naissance d’un, sinon, deux ou trois clubs musulmans. C’est ainsi que je m’en suis allé apprendre aux enfants des 4 coins du pays une identité que l’école ne leur reconnaissait pas. Et c’est en vert et rouge que je m’en suis allé semer les graines de l’espoir dans un pays soumis aux caprices d’une certaine Marianne. En vert, couleur de l’espoir et de l’Islam et en rouge couleur de l’amour du pays et du sacrifice.

L’année suivante, j’adhère à la ligue régionale d’Algérie et je joue en 5eme division. Au terme d’une très difficile saison, j’arriverai à me hisser en 4eme division où je végèterai dans l’oubli jusqu’en 1928, année de mon premier sacre et c’est en champion que je fais mon entrée en 3eme division. Division que je quitterai en 1931 pour ne plus être qu’à deux marches de la division d’honneur. Deux marches qui me seront des plus pénibles à gravir. Je passerai 5 années en seconde division ratant l’accession de peu à chaque fois jusqu’en 1936 et l’historique victoire en match barrage sur l’Olympique Marengo au stade d’El Afroun 2-1 (les deux premières rencontres qui se sont déroulées à El Harrach se sont soldées par le même score 1-1).

1945, année de la prise de conscience du nationalisme Algérien, sera mienne. Je serai sacré pour la première fois champion ex aequo avec l’AS Saint-Eugène. Un titre que je raterai de peu à 11 reprises arrivant second de 1939 à 1944 et de 1946 à 1952. Je me consolerai, alors, avec la coupe Fanconi que je remporterai à deux reprises en 1948 et 1951 et dont je serai le finaliste malheureux en 1952.

1956, à la veille de la bataille d’Alger, je décide rendre hommage à mes fans tabassés par les policiers Français dans les gradins du stade Boloughine simplement parce qu’ils ont manifesté leur joie car je venais d’égaliser face à l’Association Sportive locale. Je me retire 48 heures plus tard (le 13 mars) de toute compétition sportive malgré la pression des autorités coloniales pour me faire changer d’avis. Je ne servirai pas le sombre projet Français qui cherchait à démontrer que tout allait bien en Algérie. Je serai suivi, entre autres, par l’USM Blida, le NAHD, le RCK, l’USMH, et l’USMA … etc. Je ne retrouverai la compétition qu’à l’indépendance. Je me classerai second lors du premier championnat de l’histoire de l’Algérie indépendante.

1965, suite à des incidents en fin de rencontre contre le MCO, le ministre des sports me fait rétrograder en division d’honneur. Mes déboires continuent avec l’instauration d’une seconde division. Ainsi, malgré mon éclatante victoire en division d’honneur la saison suivante, je n’accèderai pas en première mais en seconde division. Piqué à vif, je me renforcerai des Betrouni, Chaouchi, Berkani, Kaoua, Guedioura, Tahi et bien d'autres avant de rejoindre la nationale une en 1968 soit 3 ans après l’avoir injustement quitté. Division que je manque de remporter en 1970 terminant à la seconde marche du podium. Ce ne sera que partie remise.

Une année plus tard, soit exactement le 13 juin 1971, je hisse haut et fort mes couleurs annonçant le début d’une décennie de domination. Je remporte ma première coupe d’Algérie face au voisin Usmiste, exploit que je rééditerai à 5 reprises  et qui me permettra de remporter l’année suivante mon premier titre international lors de ma toute première participation. Après avoir balayé l’Espérence de Tunis par 3-0, je dispose du Club Africain en finale de coupe maghrébine des vainqueurs de coupe et remporte le sacre.

Fort de ce titre, je domine le championnat Algérien l’année suivante (1972) et remporte le premier de mes sept titres de champion d’Algérie de mon histoire. Je prends goût aux consécrations, et c’est naturellement que j’enchaînerai avec une coupe d’Algérie (1973), une coupe du Maghreb des vainqueurs de coupes (1974) et un autre championnat d’Algérie (1975). Titre qui m’ouvrira les portes de la gloire.

1976, contre toute attente et envers toutes les recommandations fédérales de l’époque, je prends la décision de prendre part aux différentes rencontres en Coupe d’Afrique des clubs champions tout en gardant un œil sur les deux compétitions locales.  La saison sera tout simplement exceptionnelle.

Malgré mes ratés en coupe maghrébine des clubs champions, je décroche ma troisième coupe d’Algérie face au MO Constantine, avant d’aller battre la JSK 15 jours plus tard à Tizi-Ouzou pour être sacré Champion d’Algérie pour la 3eme fois. J’enregistre mon tout premier doublé et je ne m'en contenterai pas. Fort de ma légendaire attaque B avec notamment les Bencheikh, Betrouni, Bachta, Bellemou et  Bousri je remporte le 18 décembre 1976 à 23h le tout premier trophée africain jamais remporté par une équipe Algérienne de football en disposant du Hafia Conakry aux tirs au but 4-1 (l’aller comme le retour s’étant soldés par le même score 3-0).  C’est le triplé historique que je suis le seul à détenir jusqu’à présent en Algérie et qui me vaudra une invitation du Real Madrid qui m’accueillera avec les honneurs lors d’un tournoi international à Santiago Bernabéu.
Je reviendrai à la charge en remportant deux autres championnats en 1978 et 1979 et une coupe d’Algérie en 1983 sur le compte de l’ASMO (4-3) avant de re sombrer en seconde division pour une saison.

La suite ? Une longue traversée du désert jusqu’en 1998. Je donnerai l’alerte en remportant la coupe de la Ligue face au CA Batna. Titre que je défendrai l’année suivante face au WAT et que je réussirai à garder. Ceci me donnera le courage pour émerger à nouveau.
1999, les Saïfi et Benali me donneront le courage de relever la tête le temps d’une saison. Je serai sacré champion d’Algérie pour la 6eme fois 20 ans après mon dernier titre. A Oran, je ne laisse aucune chance à la JSK. Mes fans croient en ma résurrection mais je sombrerai encore en 2002 le temps d’une saison dans les abysses de la seconde division.

Mais 2002 n'a pas été que douleur pour moi. Je suis rétablit dans mes droits par l'état algérien qui décide, enfin, en reconnaissance à mon apport à la guerre de libération et nationalisme algérien de m'officialiser en tant que patrimoine national historique. Le ministre de la jeunesse et des sports de l'époque fera même un pèlerinage sur les lieux de ma naissance. Une reconnaissance immortalisée par une plaque commémorative sur laquelle on peut lire "Pour la prospérité et en reconnaissance au Doyen des clubs Algériens".

Le 15 juin 2006, je renoue, enfin, avec la consécration. Sous la houlette de François Bracci, j’écrase mon voisin de Soustara par 2-1 et remporte ma 5eme coupe d’Algérie. J’enchaînerai avec la Super Coupe d’Algérie que j’arracherai des mains de la JSK par le même score. Je fêterai ce sacre face à l’AS Fiorentina dans une soirée mémorable à Alger (1-1).

2007, je retrouve l’USMA pour ma sixième finale de coupe d’Algérie au stade du 5  juillet dans un remake de la précédente saison. Je ne perds jamais une finale et l’USMA allait le comprendre pour la seconde saison consécutive suite à un superbe tir de Hadjadj. Je brandis mon sixième trophée de Dame coupe et resterai fidèle à ma réputation face à l’ES Sétif en Super Coupe d’Algérie que j’écraserai par 4-0.

Juin 2008, je me fais dépouiller par la Sonatrach de toutes mes sections sportives et devient un club exclusivement de football. L'entreprise pétrolière me coupe les vivres, le divorce, fait dans la douleur, est désormais consommé. J'entame la saison 2008-2009 affaiblit mais je me vengerai la saison suivante.

Juin 2010, 10 années après mon sixième titre national, je fête le septième face au MSPB au stade du 5 juillet après une longue course-poursuite avec l’ES Sétif. Un titre qui m’ouvre droit à participer à la coupe de l’UNAF des clubs champions dont je serai malheureux finaliste face au Club Africain. Je me consolerai en arrivant malgré toutes le embûches en phase de poules de la Ligue des champions africaine.

La saison 2010-2011 sera celle de la honte. Avec un staff technique des plus faibles de mon histoire et amoindri de 18 joueurs et pas des moindres en fin de contrat, j'échappe de justesse à l'enfer de la ligue 2. Je défendrai crânement ma survie jusqu’à la dernière journée du championnat et échappe de justesse à la relégation. Transformé en SPA, les problèmes financiers, la mauvaise gestion et le flou qui entoure la vie du club notamment l’origine douteuse de son financement feront fuir les prétendants à mon éventuel rachat. J’ai du mal à retenir mes joueurs qui préfèrent fuir quitte à aller se perdre dans des clubs de seconde zone plutôt que de se laisser perdre par mes tracas quotidiens. Résultat direct,après une bonne entrée en matière face à l'EST à Alger, je me fais humilier en seconde journée de la phase des poules de la ligue africaine des champions à Casablanca face au WAC local 4-0. Je subis le même sort au Caire (2-0) face au Ahly local et à Tunis (4-0) face à l'Espérance. Je me révolte lors de la dernière journée de la compétition et défend mon statut de juge en battant le WAC à Alger par 3 buts à 1 mettant fin aux rumeurs d'arrangement. Je sors de la compétition par la grande porte et aurai même pu prétendre à une qualification aux demi finales si j'avais pu marquer ce but tant espéré par mes supporters au 5 juillet face au Ahly, rencontre que j'avais entièrement dominé.

La saison 2011-2012 sera dans la continuité de sa précédente. En seulement 7 mois je consomme 4 entraineurs (Benchikha, Menguellati, Bracci, Bouhellal) et vis la plus importante crise de confiance entre direction désemparée, staff technique dépassé et joueurs désintéressés de mon avenir d'un côté et mes fidèles enfants, mes supporteurs, de l'autre. Le destin se déchaîne contre moi et les guerres intestines entre certains de mes dirigeants ameuteront toute sorte de charognards appâtés par ma position de proie facile.

Après un été des plus houleux où l'irresponsabilité des uns et l'égoïsme des autres poussés à l'extrême par leur appétit toujours plus grand à manquer de peu de plonger le pays dans un tourbillon de violence au prétexte ridicule de l'intérêt du Mouloudia, l'état réagit et décide de nationaliser le club. Ce sera chose faite le lundi 10 décembre 2012 lorsque la SONATRACH achète la majorité écrasante des actions de la SSPA Mouloudia. Le peuple se réjouit mais pas pour longtemps.

Il sera écrit pour la prospérité de l'histoire que le Mouloudia devait être l'arbre qui cacherait l'immensité du ridicule algérien. 1er mai 2013, le Doyen joue et perd sa huitième finale de coupe d'Algérie. Une première qui fera d'autant plus mal que l'adversaire du jour se nommait USMA. Le Doyen ne déméritera pas maisface à un arbitre que l'histoire retiendra sousle nom de "Minable Haimoudi" les jeux étaient fait d'avance. De faute pour Djallit, l'obscur homme ennoir transforme l'action en coup franc pour Benmoussa. Une seule action, un seul but et c'est la crise.  Les Mouloudéens usent de leur droit et refusent de monter à la tribune oficielle récupérer leurs médailles. L'état sévit de façon exemplaire en brandissant le prétexte de l'humiliation faite au protocole ce sera une radiation à vie pour le coordinateur de l'équipe et une suspension de deux saisons pour son entraîneur et son portier et d'une saison pour son capitaine cassant tout bonnement la bonne courbe sur laquelle était placé le club.   

Signe prédictif ou simple coïncidence, quelques mois plus tôt, en novembre 2011, la maison qui a vu ma naissance s'effondre partiellement dans la plus grande indifférence. Seule la plaque commémorative encore accrochée à son entrée semble défier fièrement le destin. Mais jusqu'à quand?

 

 

 

 

Mouloudia: La Saga d'une Légende

C’est toujours dans la douleur que naît une légende. Le génie du Mouloudia, c’est d’avoir su transformer ses peines en une source de motivation. L’histoire est un éternel recommencement, celle du Mouloudia sera un éternel enchantement.

« Nous avons l’honneur de vous faire connaître que notre nom : Mouloudia Club Algérois vient de paraître sur le journal officiel du 1er octobre d’après les lois sur les associations. Est composté ci-joint un journal officiel avec notre mention dans le paragraphe 1/4/7 ». C’est par cette correspondance datée du 17 octobre 1921, qu’un jeune adolescent de 19 ans a interpellé le préfet d’Alger afin de l’informer de la naissance officielle de son association sportive musulmane. Une démarche qui s’est inscrite dans la logique de la longue résistance d’un peuple opprimé et qui allait bientôt faire des émules.

Mais revenons un peu en arrière. 1863, le football devient officiellement un sport avec la naissance de la toute première fédération au monde, la fédération anglaise de football. Le divorce avec le Rugby est ainsi consommé et le tout jeune « foot » allait bientôt traverser la manche pour conquérir l’Europe puis le monde.

1894, la balle ronde traverse la méditerrannée dans les bagages de colons Espagnoles et s’installe à Oran. 28 septembre 1897, le Club Athlétique Oranais (CAO) devient ainsi le premier club de football jamais fondé en Algérie. A Alger, il faudra attendre le 20eme siècle pour voir le sport roi s’organiser dans la ville et ses alentours. Notamment avec la naissance du doyen des clubs algérois : Racing Club d’Alger et, quelque temps après, de l’AS Saint-Eugène (en 1903). Suivront le FC Blida en 1904, le Gallia Sport d’Alger en 1905, l’Olympique Hussein-Dey en 1913 et le Red Star Algérois en 1915.

Dans cette effervescence, les musulmans ne croiseront pas les bras. Bien au contraire. Le football, c’est le Djihad avec d’autres moyens. Le sport allait devenir « une opportunité unique de se mesurer aux roumis et affirmer son nationalisme » dira Lahcène Bellahoucine dans son livre « La saga du football algérien ».. Le marquage identitaire arabo-musulman allait être de mise pour toutes les associations qu’allaient fonder les Algériens. Cette revendication identitaire portera sur l’emblème avec notamment le croissant et l’étoile, les couleurs du club toutes en vert, rouge, blanc et noir pour marquer la période noire du colonialisme. Certains porteront, dans une ultime tentative de provocation, la chéchia. D’autres, mieux encore, vont revendiquer clairement cette double identité en se choisissant un nom arabe ou en rapport avec l’Islam. A l’image de Nasr (victoire) ou mieux encore, de Mouloudia. Un mot qui a lui seul résume l'attachement à cette double identité arabo-musulmane.

Cette appellation, c'est une bande d’adolescents qui allait l'inventer un soir de 1921. A l’époque, d’Est en Ouest du pays, aucune association musulmane n’avait résisté aux sévères exigences sélectives imposées par l’administration coloniale. Il y a bien eu le Club Sportif Algérois (CSA) qui a tenu le coup 9 ans durant (1910-1918) mais ce dernier ne supportant plus la pression coloniale a fini par être dissous.

 

C’est dans ce contexte assez particulier, et très hostile à tout ce qui portait une identité algérienne pure ou qui était réfractaire à l’idée d’une Algérie française, que quelques jeunes de la Casbah et à leur tête un adolescent de 19ans, un certain Abderrahmane Aouf (Allah yerrahmou) ont pris la ferme résolution de surmonter tous les obstacles et de fonder un club sportif musulman. Ce fût fait la veille du Mawlid Ennabawi un certain 7 août 1921. Le futur doyen des clubs musulmans se nommera le Mouloudia Club Algérois. Mais il faudra attendre le 1er octobre pour que cette naissance soit effective aux yeux de la loi. C’est l’euphorie dans les ruelles de la Casbah et dans l’Algérois. La nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre, il est désormais possible de battre l’administration française à son jeu et bientôt toutes les grandes villes du pays allaient compter au moins un club musulman.

Mais il fallait encore faire ses preuves, et le reste du chemin pour le jeune Mouloudia sera des plus difficiles. A cette époque, les clubs du Maghreb disputaient un seul et même championnat : Le championnat d’Afrique du Nord. Un championnat avec un zoning comprenant 5 régions: Maroc, Algérie ouest, Algérie Centre, Algérie Est et Tunisie. Chaque région comptait ses propres clubs dans un championnat régional. Les premières équipes de chaque zone disputaient un mini championnat à cinq : La Division d’Honneur et le vainqueur était proclamé champion d’Afrique du Nord. Mais pour arriver à l’un des cinq championnats régionaux il fallait gravir les échelons. En tout 4 niveaux que le MCA mettra 15 années à franchir. Après une naissance laborieuse, c’est l’accession qui se jouera jusqu’à la dernière goutte de sueur lors de la saison 1936-1937. Face à l’Olympique Marengo, il faudra trois manches au Mouloudia (1-1, 1-1 et enfin 2-1) pour arracher cette accession tant rêvée. Le Mouloudia ne remportera jamais la division d’honneur qui disparaîtra en 1956. Sur la place d’Alger trois clubs feront la loi : le Gallia Sports Alger, l’AS Saint-Eugène et le FC Blida. Le MCA trop pauvre, trop « indigène », trop « Algérien » avait mieux à faire en luttant pour se maintenir parmi l’élite.

Ce qu’il fit de fort belle manière. 1928, l’administration coloniale réagit à la pullulation d’associations sportives musulmanes. Dorénavant, les clubs sont obligés d’utiliser le terme « Français » dans leur nom. Pire, 1930, les clubs sont désormais obligés d’intégrer des dirigeants Français et des joueurs étrangers (3 joueurs en 1930, 5 en 1935). Le MCA, à l’image de l’USMO doyen musulman de l’Oranie, est obligé de s’y plier. C’est ainsi que Costa, Albor, Vitiello et Macia se retrouvèrent sur le banc de touche mouloudéen. Tandis que les Bouquet, Norbert et Aberjoux intégrerons la catégorie B du club et remporterons le titre de Champions d’Alger dans leur catégorie. La direction du club aussi connaîtra l’arrivée de non musulmans. Louis Roze et Braham Derriche épauleront ainsi le président Mohand Tiar.Le pouvoir colonial tentera entre 1940 et 1945 de forcer à la fusion avec les associations européennes, toutes les associations musulmanes. C’est la rras-le-bol. Le MCA en chef de file organisera la résistance. Autour de lui, l’USMO et le GC Mascara, l’USMB, le CSC, le MOC, les clubs de Sétif et de Guelma. L’administration française est obligée de faire machine arrière. Mais le mal est fait, les clubs musulmans sont désormais marginalisés et subiront les pires injustices de l’arbitrage et des commissions régissant le football en Algérie.

Le MCA est trop nationaliste alors aux yeux des Français pour gagner des titres d’envergure, mais pas assez pour que ses talentueux joueurs soient appelés en EN française. 1937, Smaïl Khabatou Benouna devient le premier joueur algérien sélectionné en EN A de France. Il ne sera pas le dernier, puisqu’en 1948 Hamoutène deviendra le premier Algérien à disputer des jeux olympiques.
1950, le MCA s’ouvre sur le monde et s’offre un entraîneur Argentin. Alballay drivera le club de fort belle manière dans les années 50. 1956, les clubs musulmans boycottent le championnat. Le MCA répondra présent à l’appel de la patrie.
1962, le premier championnat algérien de football voit le jour. Le Mouloudia y participe naturellement et malgré un excellent début de tournois (victoire 4-0 sur les Oranais du SCMO), il perdra le titre en finale face au rival usmiste 3-1.

La suite du parcours ? Vous la connaissez, avec 7 titres nationaux (le MCA s’est classé 3 fois second et 4 fois troisième), le Mouloudia est le deuxième club le plus titré en championnat après la JSK (14 titres) devant le CRB (6 titres) et l’USMA (5 titres). Il comptera un joueur parmi le top 10 des meilleurs buteurs du championnat depuis 1962 en la personne de Nacer Bouiche et ses 19 réalisations en 1980 qui le hissent à la 8eme place des buteurs de tous les temps. Exploit réédité par Bousri en 1983 avec 17 buts. Puis Kaci Said en 1998 avec 11 buts. Et, enfin, Bougueche en 2010 avec ses 17 goals.

En coupe d’Algérie, le MCA fera un sans faute. 6 finales, 6 coupes remportées. Il se classe là aussi en seconde position derrière l’USMA et Sétif avec leurs 7 réalisations. Il s’offrira en 1976 le luxe d’un triplé jamais égalé en Algérie : Championnat d’Algérie, coupe d’Algérie et coupe d’Afrique des champions, la première consécration africaine jamais réalisée par un club algérien.

Le Mouloudia remportera les deux éditions de supercoupe d’Algérie après sa ré institution en 2006 et 2007 consécutivement face à la JSK (2-1) et à l’ESS (4-0). Il invitera à cet effet la Fiorentina à un match de gala à Alger qui drainera foule de toute l’Algérie et où le MCA n’a pas démérité en concédant le nul 1-1.
Sur le plan international, le MCA remportera deux coupes maghrébines en 72 et en 74. Il sera le premier club algérien à connaître une consécration africaine en 76 et ce en coupe d’Afrique des clubs champions en battant les Guinéens de Hafia Conakry (0-3, 3-0 et aux TAB 3-0) mettant ainsi fin à la domination des clubs de l’Afrique de l’Ouest dans cette compétition. Suite à quoi, le Mouloudia se fera invité par le Real Madrid et sera accueilli en grandes pompes.

Le MCA innove en se rapprochant de sa base supportrice. Durant les années 70 une revue mensuelle est éditée par le club. "Le Doyen" se vendra comme des petits pains. Un esprit de pro de 30 ans antérieur aux décisions de la FIFA. A l’époque les plus grands chantent le Mouloudia. Le nom du club était presque une marque déposée.

Yalli t’hab ta3mel sport Charek fel Mouloudia.

Raconte-moi le Mouloudia!

Mouloudia.info vous propose de vivre les débuts du club le plus mythique d'Algérie à travers les récits de ses fondateurs... Un voyage au jour le jour agrémenté d'explications et qui vous laissera sans voix.

31 juillet 1921: La création

Abderrahmane Aouf: "Un Samedi, je descendais de chez moi et j'allais au Casino. Arrivé à la place de Régence, plusieurs équipes y jouaient avec des pelotes en chiffon. Il y avait des militaires d'en face le lycée Bugeaud (emir Abdelkader ndlr) et parmi eux un adjudant et des sous-officiers qui m'ont interpellé: Dites donc, regardez le stade des Colombes des Arabes! J'ai été choqué en entendant toute la considération qu'ils avaient pour nous (...) Cela s'est passé le 23 juillet 1921. Je suis allé trouver Allel Saadoune, un camarade d'école, et Mohamed El Ghars et leur ai raconté ce qui venait de se passer. Puis, je me suis mis au travail. J'ai rédigé en 4 exemplaires les statuts d'un club de football selon la loi 1901 sur les associations*. Ensuite, je suis allé à la préfecture demander le formulaire à remplir pour la constitution d'un club. J'ai déposé deux exemplaires des statuts, la composition du conseil d'administration** et j'ai paraphé le registre de préfecture."

*Les statuts portant création du MCA ont été dressés le 31 juillet 1921, déposés et enregistrés au niveau de la préfecture d'Alger le 7 août 1921 et le club a été officiellement homologué le 1er octobre 1921.

**Les membres du 1er conseil d'administration du MCA furent: Abderrahmane dit Hamoud Aoufprésident-fondateur, Rachid Hafiz et Salem Korichi vice-présidents, Allel Saadoune secrétaire, Mustapha Messaoudene secrétaire-adjoint, Abderrahmane Bey trésorier général, Mohamed El Ghars trésorier adjoint, Sid Ali Adjouri, Youcef Alliche, Djelloul Belamri et Ahmed Djaout assesseurs.

Mouloud Djazouli: "Ce groupe de jeunes s'est réunit, éclairé à la bougie, dans un local du quartier Souikia sis rue Benachère. On leur avait dit que, mineurs, ils ne pouvaient créer un club. Ils ont modifié leurs dates de naissance et se sont mis majeurs pour pouvoir le faire. Quant au choix du nom, tout le répertoire y est passé quand un des présents de l'assistance lança: On est jour du Mouloud, alors pourquoi chercher autre chose que Mouloudia?".

16 octobre 1921: Premier match officiel

Mouloud Djazouli: "Hamoud (Abderrahmane Aouf ndlr) a dépensé un argent fou pour le Mouloudia. Son père voyant cela, le bloqua au lit et lui ordonna de ne plus sortir de la maison (...) Mais c'était lui qui détenait tous les équipements et quand le Mouloudia a dû jouer son premier match, les équipements n'étaient pas sur le terrain et il fallait jouer. Les joueurs du Mouloudia ont joué avec leurs vêtements.*"

* La rencontre a eu lieu au stade Lussac à la Pointe Pescade et a opposé le Mouloudia à l'Elan de Bab El Oued. Ce dernier a écrasé le MCA sur le score de 8-0.

Première saison : La crise financière

Abderrahmane Aouf: "Je me retrouvais tout seul. Je n'étais pas aidé. Les commerçants et tout ce beau monde ne connaissaient rien au sport. J'ai écrit une lettre pour collecter de l'argent rue de la Lyre mais ils la jetaient par terre. Ils nous traitaient de bande de voyous (...) Mais quand les succès sont arrivés, Y. Redouane a donné, Si Hattachi a donné, B. Bachtarzi a donné, le gérant du café des allumeurs de gaz a donné. C'était tout ce que l'on a pu collecter. Pas d'aide ni des commerçant, ni des bourgeois! Avec ces dons j'ai acheté les équipements. Puis, au fur et à mesure, j'ai pu acheter les poteaux, les filets et les ballons: des Maylord de Londres!"

1922 : Le départ!

Abderrahmane Aouf: "En 1922, je suis parti en Allemagne effectuer mon service militaire. J'y suis resté jusqu'en 1924. J'ai laissé la présidence du Mouloudia à mon frère aîné Ahmed Kaddour*. Il avait avec lui Deroui, Matiben, Dahmoune, Djaout etc"

* Peu de temps après le départ de Abderrahmane, celui-ci transmit la présidence du club à Said Akaoui, gérant d'un café (café Tlemçani). Le MCA a vécu ses 2 pires années.

1924 : Ouverture du chantier!

Abderrahmane Aouf: "Quand je suis revenu en 1924, mon frère avait oublié de verser les  cotisations annuelles du club de 50 francs à la fédération et 20 francs à la ligue d'Alger. La fédération a alors radié le Mouloudia. J'ai donc fait une réunion à la Régence et j'ai récolté 950 francs. Je suis, ensuite, passé à la ligue où on m'a donné le document d'affiliation. Radiés, il nous fallait repartir à zéro. Mais voilà, il m'a expliqué que la fédération n'acceptait plus pour adhérents que les clubs propriétaires ou locataires d'un terrain de football. C'était le premier obstacle!

J'ai quand même réussit à avoir une première offre. Un certain monsieur Baldidi nous a proposé un terrain à l'hippodrome de la Glacière. (Caroubier). 20.000 m2 à 50 centimes le m2 mais la vente devait se faire à crédit. Nous ne l'avons donc pas acheté. Quelque temps après, ce même monsieur me trouvait un autre terrain, derrière la mairie de Kouba. 2 francs le m2 mais il me plaisait bien! Un terrain plat. J'ai donc réunit le groupe pour leur faire part de la nouvelle. J'avais même étudié un plan de financement à base de cotisations mensuelles des adhérents du club à hauteur de 3 francs chacun. Mais certains ont pris peur et ont finit par décourager tout le monde. Nous ne l'avons donc pas acheté.

Merzag Méliha m'a alors orienté vers un terrain pas loin de la forêt de Baïnem. Mais là encore si on shootait un peu fort le ballon, il fallait aller le chercher à la mer. Le terrain n'aurait donc pas été homologué. Quelque jours après, le maire de Bouzaréa me proposait un terrain au Puits-des-Zouaves. Un terrain trop bosselé pour y jouer au foot."

Mouloud Djazouli: "Hamoud tournait au café Tlemçani fréquenté aussi par le sergent Lamri du 5eme régiment de Tirailleurs. Il lui raconta les malheurs du club, notamment le déficit du terrain qui allait le priver du championnat et le sergent Lamri lui  proposa de passer voir son colonel."

Abderrahmane Aouf: "Un jour après, Mohamed Abdi, Mohamed El Ghars et moi-même sommes allés voir le commandant du 5eme régiment de Tirailleurs de Belfort. Le Colonel Saint Martin, qui est devenu Général par la suite, nous a écrit en double exemplaire l'autorisation d'utilisation du terrain militaire par le Mouloudia. C'est grâce à ce stade gratuit que le Mouloudia a pu enfin rejouer en championnat. "

1927 : L'épanouissement sportif

Mouloud Djazouli: "Aouf portait le Mouloudia à bout de bras. Il était tout à la fois: président, entraineur, garde-matériel, tout! Et ça ne pouvait plus continuer. Il lui fallait un président, ce fût Mahmoud Bensiam qui apporta beaucoup au club. Il était originaire d'Hussein-Dey et avait déjà présidé l'Olympique local: un musulman président d'un club Européen! Il était compétent, avait de l'influence et savait s'imposer. Aouf pouvait alors s'occuper de plus important. L'avenir sportif du club!"

Abderrahmane Aouf: "J'ai créé au sein du club alors en décadence une pépinière que j'entrainais tout seul".

Méhenna Rebaïne: "Il y avait des minimes, des juniors, l'équipe première, l'équipe réserve et l'équipe troisième. Nous avions 5 équipes qui jouaient et ça durait toute une journée."

Abderrahmane Aouf: "Je suis allé à Saida et j'ai ramené Bacoco* au Mouloudia. Le meilleur buteur à l'époque! Il a fait 6 matches** chez nous. Pour l'Aid El Fitr, il est retourné chez lui à Saida passer les fêtes. Un comité d'accueil fait de dirigeants du Gaïté Club et de gendarmes l'attendait. De peur d'aller en prison, il a préféré retourné à son club d'origine".

* Bacoco, de son vrai nom Ahmed Tandjaoui, n'avait que 15 ans à l'époque. Il jouait pour le Gaïté Club de Saida. Il a rencontré Aouf en secret et ont convenu d'aller séparément à la gare pour ne pas attirer l'attention. Les dirigeants Saidis qui ont eu vent de cela se sont présentés en masse sur les quais accompagnés de gendarmes. Bacoco s'est caché dans les toilettes et a attendu que le départ soit donné. Il s'est mis à courir alors et a sauté dans le train en marche.

** Bacoco restera 4 mois au MCA. Il jouera 25 saisons au Gaîté Club de Saida.

Abdelkader Belkessa: "On nous envoyait jouer sur des champs de patates. Des terrains de l'armée à El Harrach. Nous partions le matin, casse-croûte dans la musette, tracions le terrain, mettions les poteaux, installions les filets et nous jouions ensuite! Il y avait l'équipe troisième, l'équipe réserve et l'équipe première. Certains d'entre nous jouaient le matin dans une équipe et devaient rejouer l'après-midi dans une autre pour qu'elle ne déclare pas forfait."

Kaddour Sator: "Il arrivait au Mouloudia de recevoir au stade du Vieux-Kouba*. Il n'y avait ni gradins, ni tribunes et il s'y passait beaucoup d'incidents, de bagarres. Je me souviens d'un jour où les pieds-noirs ont essayé de molester les joueurs et le public du Mouloudia. Le président Bensiam a alors pris son fusil pour les intimider."

*Ce stade qui n'existe plus se trouvait à l'actuel emplacement de l'ENS.

1929 : Accession en seconde division

Mahmoud Abdoune "On sort champions de notre groupe. A la finale triangulaire, car il y avait 3 groupes, le Mouloudia a rencontré l'US El Biar, elle aussi championne de son groupe qu'il a battu par 2-1. Au second match contre l'Olympique Marengo à Blida, le Mouloudia a fait match nul 1 but partout, mais au retour le MCa a perdu par 5-0. Nous avons quand même accédé en seconde division. Nous étions deuxième et on a donc accédé d'office."

1931 : Première division

Abderrahmane Farès*: "L'ambiance au Mouloudia était sensationnelle, fraternelle, affective. Nos réunions se passaient au cercle du progrès. On s'offrait un café, un thé pas d'alcool et pas de primes non plus! On jouait pour les couleurs avec le cœur!"

*Il est né et a commencé à jouer au football à Akbou. Il arriva au Mouloudia lors de la saison 1931-1932 et y passa 2 saisons. Il fut l'un des signataires en 1962 de l'accord du Rocher Noir avec l'Etat Français pour la constitution d'un Etat Algérien.

1933 : La circulaire restrictive

Méhenna Rebaïne: "On avait du mal avec cette circulaire qui stipulait qu'on devait faire jouer dans l'équipe une majorité d'Européens sur le terrain (6 joueurs au moins) comme dans le conseil d'administration. C'était un moyen de nous mettre des entraves."

Mouloud Djazouli: "La directive ne provenait pas de la Ligue mais des pouvoirs publiques qui craignaient le Mouloudia. Certes, le club avait une étiquette sportive mais le fond était politique: Les gens venaient peu à peu au stade pour voir sur le terrain l'Arabe battre le Français ou le Français battre l'Arabe (...) A Dellys par exemple, ce fût le garde-champêtre qui déclarait le forfait du Mouloudia faute des six Européens dans l'équipe. Mais Louis Rivet, le président de la ligue d'Alger s'est opposé à la circulaire. Il faisait rejouer les matchs."

1936 : L'accession en Division d'Honneur

Ramdane Dahmoune: "Nous étions premiers ex-æquo avec l'US Blida. Nous avons fait un match de classement par deux fois et nous avons terminé à chaque fois sur un match nul au stade Raoul Zavéco d'El Harrach. Au troisième match, Mustapha Kerrarsi botte un coup franc des 35m en pleine lucarne et inscrit un but mémorable. Nous les avons donc battu par 1-0. On était les champions, les premiers! Mais il ne fallait pas en rester là. Nous devions encore disputer un match barrage contre la lanterne rouge de la division d'honneur pour nous assurer l'accession. C'était l'Olympique Marengo. Au stade d'El Harrach, nous avons joué deux rencontres qui se sont soldées par un score nul. A chacun de ces deux matches, Marengo nous menait par un 1 but avant que Yamaren n'égalise. Nous avons dû aller jouer le troisième match à El Affroun. Nous avons gagné par deux buts à un et l'accession était acquise. Le Mouloudia était en Division d'Honneur et ce fût la mêlée générale. Une bagarre comme pas possible."

Mouloud Djazouli: "Dès avant la fin de la partie, l'arbitre a compris qu'il y aurait du Grabuge. Il a commencé à se rapprocher des vestiaires et n'en a plus bougé. Au moment voulu, il a sifflé la fin de la partie et s'est éclipsé. Alors ce fût la bagarre. Le terrain n'était délimité que par une fine barrière en bois qui devait contenir tout ce beau monde. Tout le contour du stade était tombé d'un coup!"

Kaddour Sator: "Tout Alger s'est déplacé pour ce troisième match: taxis, vélos, autobus... Il y avait aussi toute la région: Blida, El Affroun, Mouzaïa... Il y avait une foule extraordinaire ce qui a obligé les adversaires à se tenir tranquilles. On craignait une émeute, une révolution. A la fin de la rencontre, les joueurs en sont venus aux mains. Un joueur mouloudéen a shooté d'un coup de poing l'avant-centre de Marengo avant de s'écrier: Il y est! le troisième but! "

1941 : Champion!

Mouloud Djazouli: "Il y avait 3 groupes: A, B et C. Le Racing Universitaire d'Alger et le Gallia Sport d'Alger ont terminé premiers de leurs groupes tout comme le Mouloudia. Le Mouloudia battit ces deux formations et sortit champion de guerre!"

1945 : Ce Mouloudia qui fait peur!

Mouloud Djazouli: "Nous avons terminé premiers ex-aequo avec l'AS Saint-Eugène. Et comme il y avait les évènements de Sétif, ils n'ont pas voulu nous faire jouer le match barrage. Nous avons formulé la demande de jouer cette reoncontre, mais l'ASSE a refusé. La ligue nous a donc déclaré tous deux champions."

1946 : Le complot!

Mouloud Djazouli: "Nous avons faillit retomber en première division d'un seul petit point! Il y avait un joueur I. qui avait renouvelé sa licence à l'ASSE et qui s'est présenté au Mouloudia pour y signer sa licence. Ce n'était plus un gamin. On lui a fait confiance (...) A tous les matchs que nous jouions des réserves étaient faites par nos adversaires, pour tant ce joueur I. restait affirmatif. Il n'avait rien signé à l'ASSE. Ce n'est que lorsque nous avons rencontré cette dernière que l'affaire se dévoila. L'ASSE a demandé une expertise de la licence signée par I. qui s'avéra être bel et bien la sienne. Ainsi, I nous fit perdre 7 matches. On allait être dans les 3 premiers, on s'est retrouvé en bas du tableau!

1947-1950 : L'éternel dauphin

Smaïn Khabatou: "Nous avons été éternels seconds au classement. Nous ne pouvions atteindre la première place car les clubs européens combinaient contre nous. Malgré cela, le travail accomplit par le Mouloudia a germé et a donné naissance à d'autres clubs.on jouait contre des clubs où bien des joueurs étaient des fils de gros colons! Eux comme nous savions à quoi nous en tenir et il était souvent difficile de terminer une rencontre dans le calme. "

1951 : L'invasion de Tunis

Smaïn Khabatou: "Pour la seconde fois de son histoire le Mouloudia accédait au 1/4 de finale de la coupe Steeg et il devait rencontrer Hammam-Lif à Tunis. Ce fût mémorable! Les wagons inox circulaient pour la première fois en Algérie. Le Mouloudia se permit d'organiser le déplacement de supporters à Tunis. Deux trains emmenèrent 2.500 supporters qui virent le match même si nous avons perdu 1-0. Mais nous avons fait à Tunis le record de spectateurs d'Afrique du Nord et donc, le record de la recette d'un match en Afrique du Nord."

1953 : Le sauvetage de l'USMB

Smaïn Khabatou: "Le Gallia Sport d'Alger et l'USM Blida étaient menacés de relégation. Le Gallia devait gagner contre le Mouloudia pour rester en division d'honneur de voir l'USMB chuter. Parmi les dirigeants du Gallia, il y avait des gens importants, membres du conseil municipal d'Alger et influents auprès de la ligue. L'un d'eux est allé voir notre gardien et un autre joueurs qui travaillaient à la mairie d'Alger et leur a dit: donnez-nous le match et je t'offre 250.000 francs. Ces deux joueurs sont venus nous avertir. Nous avons fait jurer tout le monde sur le Coran de ne pas se laisser corrompre (...) Le match fût serré, tendu. Il nous fallait faire tomber le Gallai pour maintenir en Division d'Honneur l'USMB. Après 20 minutes de jeu j'inscris le premier but d'u tir imparable des 25m. J'en rajoute un second qui me sera refusé. Nous sommes sortis de cette fournaise sur le score de 1-0 (...) Le dimanche suivant, nous avons laissé le match à l'USMB et le Gallia chutait. L'USMB se souvint du geste mais il importait que le Mouloudia fît son devoir vis-à-vis du sport musulman."

1956 : Le boycott

Mouloud Djazouli: "Au troisième match contre l'ASSE, le vase a débordé. Moi-même et Derriche avons été enchaînés. C'est Izzo qui nous a fait relâcher. Nous avons été désignés par un policier du Gallia: ce sont eux qu'il faut arrêter! J'ai eu les menottes pour la première fois. Izzo le gardien de l'ASSE nous connaissait. Izzo était brigadier et portait son uniforme. Il a demande à ce qu'on nous relâche immédiatement. Nous avions fait match nul. Le soir on s'est réunit et on a déclamé qu'il valait mieux arrêter. On nous a menacé de nous faire rétrograder en 4eme division nous avons répondu que nous préférions cela à perdre des vies humaines. C'est spontanément et devant la tournure des choses que nous nous sommes arrêtés*."

*Le Mouloudia était alors la seule équipe musulmane en Division d'Honneur. Tour à tour, les autres équipes musulmanes en divisions inférieures emboîteront le pas du Doyen et se retireront de toute compétition jusqu'à l'indépendance de l'Algérie et la création du premier championnat national algérien.

[Raconte-moi le Mouloudia!] Il était une fois, un Derby...

C'est le plus passionnant et passionné des rendez-vous footballistiques en Algérie, et comme toute chose, le Derby Algérois a eu un début et une histoire avec son lot d'anecdotes, celle-là même que nous allons vous raconter ce soir.

Embarquement porte 40

C'est en 1940 que les deux équipes allaient s'affronter pour la première fois. Nous avons précédemment vu lors du tout premier chapitre de notre saga  comment le Mouloudia a participé activement à la création de l'USMA (pour ne pas dire qu'il l'a lui même créé) dont le premier président n'était autre que Ahmed Khemmat ancien joueur et membre du bureau administratif du MCA. L'idée de base, lancée par feu Mouloud Djazouli lui-même, avait la noblesse et la sagesse des grands visionnaires de ce monde.

Le Mouloudia, qui avait accédé en division d'honneur en 1936 allait se retrouver seul contre tous. Il lui fallait un soutien. De plus, l'engouement populaire dans le vieil Alger pour le club devenait de plus en plus difficile à canaliser. Le MCA ne suffisait plus à satisfaire la demande des musulmans qui rêvaient tous de jouer un jour dans un club musulman. L'idée de créer un second club musulman s'imposaient d'elle même. Ce fût fait l'année suivante en 1937. Mais l'USMA peine à s'imposer. Le Mouloudia, en père fondateur, viendra à son secours à maintes reprises autant dans le domaine administratif que sportif s'offrant les louanges de son ex-membre et désormais président usmiste Khemmat.

1940, le Mouloudia reçoit l'USMA à Boloughine

Cependant, cette lune de miel sera définitivement enterrée un jeudi 14 novembre 1940. Le tirage au sort du premier tour de la coupe communale met au face à face les deux seules équipes musulmanes en liste. Et ce n'est pas un hasard. Il s'agissait de se débarrasser assez tôt de l'une d'elle, et pourquoi pas, miner les relations entre les deux clubs. L'opération sera un succès pour le colonisateur.

Le Mouloudia, grand champion d'Alger la saison précédente, en tuniques à rayures horizontales rouges et vertes et shorts blancs, reçoit chez lui au stade municipal de Boloughine le petit Poucet usmiste venu de la 3eme division. Le stade connait son affluence des grands jours. Toute la Casbah est là pour applaudir son champion. Les Musulmans sont venus des 4 coins d'Alger assister à cette empoignade entre frères.

Le Mouloudia n'a pas de scrupules ce jour-là. Il avait un prestige à défendre. Il aligne donc toute son armada de stars. Il y avait les Abdoun, Bouhired, Bencharif, Hahad, Kaci, Dahmoun, Kalafate (premier gardien du club) et bien sûr l'Argentin Albor. Le Doyen maitrisera son sujet de bout à bout ne laissant aucune chance à l'USMA.

Le Mouloudia domine, l'USMA résiste. Il faudra attendre la 12' pour que Hahad inscrive le tout premier but de la rencontre. Kaci rajoutera un second 6' plus tard avant que Hahad n'inscrive un doublé à la 53'. L'USMA réduit la marque avant que Abdoun ne fasse définitivement plier la rencontre à la 71'.

Le Doyen remporte le premier Derby de l'histoire de l'Algérie 4-1. Mais le grand vainqueur ce jour-là sera l'administration française. Cette victoire sera le début de la fin de l'idylle qui liait les deux clubs. Dans Alger, les musulmans apprennent à se chambrer les uns les autres, l'union qui existaient précédemment laisse peu à peu place à un gouffre qui séparera les supporteurs des deux clubs qui en réalité ne faisaient qu'un.

1948, encore une coupe..

Un gouffre qui se creusera doucement mais sûrement durant 8 années jusqu'à un certain dimanche 4 janvier 1948. Les deux équipes se retrouvent au stade municipal du Ruisseau (20 août 1955), cette fois en quart de finale de la coupe Fanconi. Le Mouloudia, second de la division d'honneur la saison précédente, a encore une fois un prestige à défendre et ne fera pas dans le sentimental.

Et même si l'USMA montrera un peu plus de résistance que lors du précédent derby en tenant tête au Doyen lors de la première mi temps, Hahad (encore-lui) mettra fin aux illusions usmistes dès la 49' avant que El Mehdaoui ne les enterre définitivement à la 64'. Le MCA l'emporte par 2-0 et devient ainsi le maître d'Alger. Cette victoire lui donnera l'envie d'aller au bout de la compétition. c'est ce qu'il fera en remportant la coupe quelques semaines plus tard. Mais la fracture s'installe.

Un 5-1 historique!

D'autant qu'il était dit quelque part que les deux clubs qui jouaient dans des divisions différentes n'en étaient pas à leur dernière confrontation. Dimanche 4 décembre 1949, la coupe Fanconi réunit pour ses 1/8emes de finale à nouveau au stade municipal du Ruisseau les deux frères, désormais ennemis. Une rencontre qui allaient sceller à jamais la rivalité entre les deux galeries.

L'USMA subit une humiliation jamais égalée dans l'histoire du derby. Un score qu'elle ne pourra jamais effacer. Par deux fois Azzef (40' et 55') mais aussi Khellil (15'), Bennour (35') et Derriche (87') iront visiter les filets usmistes. L'USMA sauvera cependant l'honneur en inscrivant un but en fin de partie. 5-1 sera le score dinal de la rencontre. Un score qui ne se renouvellera jamais dans les confrontations entre les deux clubs.

1963, l'USMA se venge

Mais la vengeance est un plat qui se mange froid. Et l'USMA allait prendre sa revanche avec l'art et la manière en faisant très mal au doyen. 1963, premier championnat de l'Algérie indépendante. Le MCA reçoit l'USMA au stade de Boloughine pour le compte du championnat de la ligue régionale d'Alger.

Laggoun Inscrit le premier but du derby algérien de l'histoire pour le Doyen dès la 9', mais le Mouloudia gère mal son avance. Meziani égalise à la 17' avant que Krimo n'offre sa première victoire à l'USMA dans le derby en inscrivant à la 40' le but de la victoire. Le MCA perd par 1-2 mais se qualifie quand même à la finale du championnat national.

Et sur cette même pelouse du 20 août 1955 qui l'a vu infligé une raclée historique à sa progéniture usmiste qu'il concèdera la plus douloureuse défaite de son histoire dans les derbys. Le MCA s'effondre en seconde mi temps et l'USMA l'emporte par 3-0 (Bentifour 60', Krimo 73', Bernaoui 89').

Le MCA perd le premier titre de l'Algérie indépendante passant à côté de l'histoire. Il se consolera l'année suivante en infligeant le même score à son désormais ennemi sur la pelouse du stade de Boloughine mais sa douleur n'est pas épongée pour autant.

1971, premier titre d'après indépendance pour le Doyen

Qu'à cela ne tienne, le MCA aura droit à sa vengeance. Ceci arrivera le dimanche 13 juin 1971. Le Mouloudia retrouve l'USMA sur cette même pelouse du Ruisseau pour une autre finale. Celle de la coupe d4Algérie cette fois. Le Mouloudia, qui avait fait match nul et perdu au retour sur sa pelouse en championnat la même saison face à ces mêmes usmistes ne partait pas favori. Mais Betrouni (5') puis Bachi (36') voyaient les choses autrement. Le MCA hisse son premier trophée depuis l'indépendance de l'Algérie sur le dos de son rival usmiste. Et c'était là une double consécration.

Et comme après chaque grande victoire sur l'USMA, la suite sera très heureuse pour le Mouloudia. Dès la reprise du championnat en 1972, le MCA ira s'imposer chez l'USMA qui le recevait au stade Brakni de Blida par 1-3 sur un magnifique but de Tahir et un doublé de Betrouni. L'USMA prendra le dessus au retour chez le Mouloudia à Boloughine 0-1 mais le MCA est sacré champion d'Algérie pour la première fois de son histoire.

4/6 coupes sur le dos de l'USMA

1973, pour le premier derby au stade 5 juillet 1962, Bachi, Kaoua, Bousri et Betrouni offriront au MCA sa deuxième coupe d'Algérie lors d'une finale face à l'USMA sur un score de 4-2. Cet exploit se renouvellera par deux fois encore en 2006 grâce à un doublé de Deham et 2007 grâce à un but d'antologie signé Hadjadj. En tout, les deux tiers des coupes d'Algérie gagnées par le MCA l'ont été aux dépens de l'USMA sans compter la coupe de la ligue en 2000 que Dob offrira aux Rouge et vert.

2013, fin du leadership mouloudéen

Malheureusement, toutes les bonnes choses ont une fin. Le Doyen retrouve son petit frère pour une finale en or le 1er mai 2013. Sous la direction de Djamel Menad, les Vert et Rouge domineront la rencontre de bout en bout. L'USMA, sur un coup  de pousse de l'arbitre n'aura en tout et pour tout qu'une seule occasion, un coup franc imaginaire, qui se transformera en le seul et unique but de la rencontre mettant fin à l'invincibilité mouloudéenne en finale de couppe d'Algérie.

Une balance nettement favorable au MCA

En fait, la suprématie mouloudéenne lors du derby est palpable à tous les niveaux. Sur 76 matchs disputés en championnat entre les deux équipes, le Mouloudia en a gagné 25, inscrivant 85 buts et perdu 21, encaissant 73 buts.

En coupe, le constat est plus édifiant.  Sur 12 matchs disputés entre les deux équipes, le MCA en a remporté 10 (dont 2 aux t.a.b.) et n'a concédé que 2 défaites. Inscrivant 21 buts et n'en recevant que 11.

Sur l'ensemble de l'histoire à ce jour (20.09.2013), le MCA aura affronté 92 fois l'USMA, a gagné 39 rencontres, en a perdu 23, a inscrit 118 buts et en a reçu 86. Des chiffres qui parlent d'eux-mêmes sur l'hégémonie mouloudéenne sur le derby Algérien.

Mieux, le Mouloudia détient tous les records dans ce derby. Comme celui de la plus large victoire en championnat (4-1 lors de la saison 85-86) et en coupe d'Algérie (3-0 en 2010), de la plus longue durée sans défaite (de 1982 à 1996),de la plus longue série de victoires consécutives (4 entre 1967 et 1970), du pplus grand nombre de victoires en aller-retour (4 fois lors des saisons: 67-68, 69-70, 88-89 et 2007-2008), du plus grand nombre de penalties marqués (7 pour le MCA contre 4 pour l'USMA), du meilleur buteur du derby de tous les temps (Abdeslam Bousri 10 buts) et du plus grand nombre de victoires remportées au 5 juillet (20 à 14), à Omar Hamadi (11 à 8) et au 20 août (4 à 1).

Mouloudia.info